Les étoiles de Miu : quand Agnès Domergue glisse du rêve dans le quotidien




Agnes Domergue, musicienne, auteur jeunesse et illustratrice, attrape dans ses filets la poésie de l'existence et la partager dans ses livres, d'une simplicité touchante. Avec l'album Les étoiles de Miu, elle offre au lecteur un regard tendre et magique sur le monde.



Miu est une petite fille au joues roses qui vit avec son chat. Autour d'elle, des étoiles. Parfois à porté de main, parfois inaccessible. Nous suivons l'enfant dans des historiettes entre album et BD où le merveilleux et la surprise nous attendent toujours au détour d'une case ou d'une page. Je me suis laissé emporter par ces étoiles comme fil conducteur lumineux et j'ai eu encore envie de partir loin de la ville admirer le ciels nocturnes loin de la pollution humaine.

Voici un livre simple qui s'adresse bien sûr aux enfants mais aussi à l'enfant que nous avons été et que certains d'entre nous cultive avec attention. Un livre pour réapprendre à rêver et repeupler le quotidien de merveilleux. Un livre pour accepter que parfois on est triste, pour laisser passer les émotions, savourer la joie, et la richesse de chaque instant.



J'ai adoré la spontanéité du récit, son enthousiasme, sa simplicité de forme avec un dessin épuré et la profondeur de la vie qui se tisse, en arrière plan. Le choix d'un papier à aquarelle épais met en valeur les illustrations ; surtout, cela donne dans la main une sensation de plein, de lourdeur concrète qui contraste avec la dimension quasi-philosophique du récit. Les étoiles de Miu, suspendu entre rêve et réalité, terre et ciel, apporte une bouffée de fraicheur, invite à la contemplation et aussi, à vivre, tout simplement.

Ce livre n'est plus disponible chez l'éditeur, vous pouvez cependant vous le procurer directement au près de l'auteur (ce que j'ai fait) via son blog : https://agdoalto.blogspot.fr (il y a un formulaire de contact dans le colonne de droite).
Agnès Domergue a également collaboré avec Cécile Hudrisier pour une série surprenante de trois album en haiku : conte, mythe grec et fable de la fontaine. 
Critiques à lire ici : 



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Le chat d'Enoshima par Nemiri et Slocome : une belle fable japonaise




Le dessinateur Nicolas Nemiri au trait aussi lâché, vif et coupant qu'une bourrasque, s'associe à Romain Slocombe, romancier et artiste fasciné par le Japon. Le résultat est un magnifique album jeunesse aux éditions du Petit Lézard, aussi soigné qu'un ouvrage d'art, avec plusieurs niveaux de lecture.

Chat, yakusa et petite fille


Tomomi, une petit Japonaise, vit sur la petite île d'Enoshima avec ses parents, sa grand-mère et Haru, son chat. Un jour, son père disparaît en mer. Et puis, tout dérape. Des hommes patibulaires débarquent dans leur maison et menacent les trois femmes. La famille déménage alors pour Tokyo avec précipitation. Un jour, dans la capitale, Haru lui aussi disparaît laissant Tomomi désemparée dans cette ville où elle se sent perdue, regrettant chaque jour la maison d'Enoshima. Un jour, une amie lui souffle la solution...

Le chat d'Enoshima est une fable moderne complexe. Elle aborde les liens d'affection, que ce soit entre les membres d'une même famille ou avec nos animaux de compagnie. Elle parle aussi des choix des adultes et leur conséquences. J'ai adoré la fin heureuse et tendre. Impossible de ne pas être touché par la sincérité de Tomomi et sa force de caractère.




Deux talents pour un album jeunesse profond


Les deux auteurs, très inspirés par le Japon, signent une collaboration intime. Les dessins de Nicolas arrivent à allier ces petits détails particuliers qui transportent immédiatement au Japon, tout en gardant une vigueur, un flou et des espaces de vide où l'émotion l'emporte. On sent bien dans l'alternance des plans la grande virtuosité de l'auteur pour la narration et le découpage. On entend le brouhaha de la cantine, on sent la pression des corps dans les transports en commun, le chant de la mer et du vent, le désarrois du cœur d'une enfant perdue.

J'avoue, au départ, j'étais dubitative en lisant le nom sulfureux de Romain Slocombe, associé pour moi à des ouvrage sur le fétichisme médical. Un grand écart avec un album jeunesse ! Le résultat est un texte d'une grande sensibilité, direct, touchant et littéraire. Les lieux et mots japonais sont dosés avec justesse, assez pour dépayser par trop pour déstabiliser un lecteur novice.



Voici un album superbe : les illustrations sont merveilleuses. Elles peuvent être admirées séparément, comme un recueil d'art. Quant au texte, il s'agit d'une courte nouvelle illustrée qui tient d'ailleurs sans l'image, tant il est rythmé et travaillé. J'ai aussi beaucoup apprécié la maquette, simple et élégante, et la reliure toilée pour un ouvrage au format italien. Même si vous n'êtes pas amateur d'album jeunesse, mais simple lecteur de roman ou de BD, attiré par le Japon, je vous conseille vivement cette perle.
Pour acheter l'ouvrage sur le site de l'éditeur : 
http://shop.lezardnoir.com/fr/petit-lezard/386-le-chat-d-enoshima-9782353480746.html

Le blog de Nicolas Nemiri : http://nemirishop.blogspot.fr


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Dans la jungle de la rentrée !



Septembre se radine déjà. 

Si l'été s'attarde encore, le retour à l'école des enfants du quartier et l'ouverture des volets clos depuis des semaines dans l'immeuble témoignent de la reprise des activités humaines. La saison des inscriptions aux clubs de sports et aux associations diverses s'ouvre avec son lot de résolutions. Comme une répétition générale très en avance pour la nouvelle année.





Je n'échappe pas à la frénésie, avec dans les poches des nouveaux projets, de la motivation pour continuer ceux en cours - plus ou moins retardataires - et surtout l'énergie pour tenir mes multiples engagements qui pâtissent souvent de ma dispersion naturelle. 

Cette année, je suis surtout concentrée sur l'écriture et la photo avec une exposition collective en décembre que je n'ai pas encore préparé. Déjà, je songe à novembre et au NaNoWriMo. Je songe à écluser le contenu fossilisé de mes to do lists.

 Si certains choix impliquent de rester un peu enfermée devant cahier et écran, l'inspiration a besoin pour éclore de se nourrir d'air et de ciel, et surtout, de vert. Alors, malgré les images et les sensations emmagasinées durant mes vacances, j'ai quand même eu le besoin d'aller crapahuter dès mon retour dans un lieu que j'affectionne beaucoup : les grandes serres du Jardin des Plantes. 




Aujourd'hui dans ma grotte, face à l'incommensurable désordre de mon bureau, mes piles de bouquins, de papiers, de documentations qui doivent impérativement être triées, je songe à tous les verts de la jungle miniature des serres. A ces fleurs généreuses, aux poissons curieux, au chant des gouttes, à l'ambiance étouffante de vie. Dans le capharnaüm soigneusement à l’abri sous sa cloche de métal et de verre, s'épanouissent bien des graines et des surprises. Pourtant, les jardiniers veillent à ce que les algues n'étouffent pas le bassin et que les plantes ne colonisent pas le chemin.

A la manière d'un jardin japonais, j'organise ma jungle pour une bonne rentrée...
Et, pour vous, c'est comment ?




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Eschatôn : la collision des dimensions - entretien avec le romancier Alex Nikolavitch



Eschatôn, roman de SF sorti chez Les Moutons électriques, s'ouvre comme un space opéra avec un vaisseau qui navigue entre les étoiles, empruntant une route bien tracée, sans risque, glissant à la vitesse lumière vers sa destination. Soudain, l'espace-temps se déchire et ça va être un beau bordel !


L’apocalypse. Et après ?


Avance-rapide. Les mondes colonisés par l'homme sont de retour à une structure politique et sociale moyenâgeuse sous la coupe d'une religion toute puissante. Elle a banni non seulement les machines et la mécanisation mais aussi toutes formes de sciences tel que les mathématiques jusqu'au calcul basique.
Dans cet univers-ci, surimposé à nos dimensions, il existe le Mental. Il est devenu possible de se déplacer à la force de l'esprit (comme dans Dune) d'une planète à l'autre dans d'immenses édifices de pierre. Pratique pour envoyer sur les mondes corrompus la grande armée de la Foi combattre les Puissances. Ces entités de tailles colossales et d'aspect peu ragoutant ont la fâcheuse manie d'asservir les esprits humains et de les transformer en drone. Ils deviennent alors des créatures téléguidés, sans volonté et subissent même d'horribles mutations physique. Toute communication entre humains et Puissance semblent vaines.
Le Saint Catéchisme est donc là pour nettoyer ce bazar avec à sa solde des soldats fanatiques menés par une hiérarchie loyale initiée au secret du Mental. Pratique pour mettre en transe les pauvres hères qui vont se faire massacrer. Wangren est l'un de ses soldats rompu à l’exercice. Mais cette fois, sur une planète hostile à la solde d'une Puissance, tout déraille. Il sort de sa transe avant même que l’assaut ne soit donné et le voilà, avec d'autres survivants, perdus, à la merci de l’ennemi.

Eschatôn - dont le mot dérive d'eschatologie, l'étude des fins du monde et de ce qui se passe après - est un roman surprenant dont l'histoire se déroule dans notre galaxie, après qu'une apocalypse ait modifié jusqu'à la nature de notre espace-temps et des lois physiques qui le régissent. Pour faire face au mystérieuses et terribles Puissance qui ravagent tout, l'humanité s'est tourné vers la religion. Ce sursaut de survie a exacerbé nos attitudes grégaires. Bien sur, l'existence d'une religion aussi forte s'accompagne d'une opposition farouche autour d'un groupe d'hérétiques. Si leur objectif est le même, libérer l'humanité du joug des Puissances, leur approche sensiblement différente vient compliquer le champs de bataille.


L'amour des mots (et des tentacules)


L'auteur, Alex Nikolavitch, manie les mots depuis des lustres : scénariste, essayiste, traducteur, conférencier... Pour son premier roman, il tisse une trame complexe, avec de nombreux protagonistes qui ressemblent furieusement à des personnages tout droit sortis d'ouvrages médiévaux ou même antiques. Les histoires parallèle s'imbriquent en une structure narrative solides qui alterne les points de vue. Peu à peu, on comprend les relations entre les forces en présence et surtout l'importance des enjeux. Eschatôn propose une galerie de personnages haut en couleur, jouant sur les stéréotypes avant de les étoffer ou de les détourner. Les camps s'opposent, les loyautés vacillent à mesure que les protagonistes comprennent ou tentent de comprendre la portée de leurs actions. Comme dans les romans de Lovecraft, Alex insuffle un vent cosmique en juxtaposant aux humains, fragiles et mortels, des créatures aux existences, envies et instincts radicalement différentes, rendant la communication quasi-impossible.

Si l'auteur avait assez de matière pour écrire une série, il a condensé le tout dans un oneshot très dense à l'écriture ciselée. Une des particularité du texte vient du choix du vocabulaire, très soutenu, en travaillant sur les sens figurés et les images évoquées qu'Alex détourne (comme avec mascaret et cantre) plutôt que d'inventer ses propres termes ou bidouiller l'existant. Il a aussi pioché dans le champs lexical religieux peu usité. La richesse des mots (qui demande parfois de consulter le dictionnaire) est accompagnée d'un style sans fioriture, factuel, précis, qui sert la rapidité de la progression de l'intrigue tout en campant à la perfection les ambiances. Les dialogues sont percutants et bien dosés. La narration bénéficie d'un découpage chirurgical avec une table des matières détaillée pour s'y retrouver.

Un premier roman qui dépote !


Attention, ce livre n'est ni simple ni facile à lire. Il ne s'agit pas d'une distraction prémâchée qu'on oublie sitôt la couverture refermée mais du genre de bouquin qui nous accompagne longtemps. De plus, il brouille les genres : il commence comme de la SF avant de basculer sur du médiéval dans un univers post-apocalype (au premier sens du terme) avec une dimension fantastique assez old school, le tout doublé d'une réflexion en filigrane sur des sujets triviaux tels que la religion, la science, le sens de la vie !
Eschatôn est taillé pour pour les amoureux de littérature et de roman d'aventure qui apprécient le fantastique bien ficelé avec une dimension épique et philosophique. Si l'histoire prend son temps pour installer, une fois au cœur de l'intrigue, la machine à suspens s'emballe et le bouquin devient impossible à lâcher.

Un seul bémol, j'ai trouvé la fin du livre trop précipitée dans la forme avec un nombre trop important d’ellipses qui m'ont déstabilisé. Cependant, j'ai adoré le dénouement qui m'a littéralement laissé sur le cul, secouée et sans voix. Après, on ramasse les morceaux, on pense à notre monde, à la naissance et à la chute d'empires et même de civilisations. On se sent bien petit. Et on songe qu'il n'est pas nécessaire d'ajouter des Puissances Lovecraftienne dotées de tentacules et de bouches avides pour que ce soit déjà un beau bordel ici bas.

Un premier roman incontournable pour les amateurs de littérature fantastique qui apprécient les ovnis à la forme soignée et au fond dense, original, qui déroute et secoue.


Entretien avec l'auteur, Alex Nikolavitch



Comment t'es venue l'idée de mélanger moyen age, science fiction et dimension extra-terrestres à la Lovecraft ?

Comme plein d'idées de ce genre, elle a grandi par accrétions successives d'images et de concepts qui se sont assemblés un peu à la manière de legos.
J'avais l'idée d'un truc de fantasy un peu bad-ass, mais qui soit en fait de la SF. Je voulais des menaces démesurées (bon, plus qu'une menace, à l'arrivée, mes Puissances sont surtout un arrière-plan dans la version définitive). Je voulais un système de pouvoirs mentaux qui tienne la route et soit cohérent. Et peu à peu, à chaque fois qu'on ajoute une idée au pot, il faut la relier aux autres, essayer de leur donner un sens global, sinon on n'a que ça : un empilement d'idées peut-être cool, mais qui ne fait pas une bonne histoire. L'arrière plan religieux fort, c'est un de ces liens émergents, qui est devenu une des lignes directrices.
Après, je sais que certains lecteurs ont été déçus que je ne sois pas plus Lovecraftien dans le ton et le côté angoissant. Mais Lovecraft, c'est aussi une conception purement matérialiste d'un univers d'où la transcendance est finalement absente. Et de ce point de vue-là, je pense être en plein dedans.

Pourquoi qu'un seul tome ? J'ai eu l'impression qu'il y avait de la matière pour plus.

Pour plein de raisons. Une raison pratique : c'est mon premier roman. Mais j'ai fait de la BD, et mon premier gros album était un truc ambitieux qui aurait dû se boucler en quatre tomes, mais qui n'a pas assez bien marché pour connaître une suite. Disons que c'est un traumatisme.
La deuxième est philosophique. Dès le titre, je propose un monde clos, bordé (Eschatôn, ce ne sont pas les fins du monde, mais plutôt ses limites dans l'espace et le temps, étymologiquement), avec un choc eschatologique au début et un autre à la fin, ce qui le rend cohérent sur le plan mythique.
Ça, ça me plaisait de mettre en œuvre une telle mécanique symbolique.
Après, la construction de l'univers tel qu'il est décrit (et détruit) dans le bouquin permet de faire quelque chose se passant ensuite. J'ai des notes là-dessus, mais je ne compte pas le faire tout de suite, je me donne le temps de la réflexion. Et de toute façon, si ça se fait, ce sera dans un ton et un type d'histoire très différent.

Peux-tu expliquer ton choix audacieux de juxtaposer d'un vocabulaire religieux de la chrétienté moyenâgeuse avec celui de la Rome antique ?

Notre propre langage est une juxtaposition de plein de trucs confits par le temps et l'usage : une base de latin cochonné par toutes sortes d'influences, un langage technique et savant qui vient du grec, divers fossiles linguistiques rigolos.
Si l'on se projette dans l'avenir, il y aura toujours ce genre de mix langagiers. Et ensuite, la chrétienté médiévale tapait à plein dans le langage de Rome (alors que le christianisme des origines parlait essentiellement araméen et grec) : Souverain Pontife, par exemple, c'est un titre impérial renvoyant aux fonctions religieuses et sacrées du César.
Tout langage n'est qu'un empilement donc ses usagers n'ont pas forcément conscience.

Petite question de tambouille interne : comment à tu-écris ? De façon chronologique, ou tu as rédigé par scène puis monté le bouquin après en fonction des point de vu ?

C'est très compliqué, pour le coup. Je procède à peu près comme en BD : j'ai un séquencier assez lâche, j'ai écrit le début très tôt, mais la fin relativement tôt aussi (habitude que j'ai prise en écrivant du scénario de BD, ça me permet de tendre le récit vers sa conclusion). Ensuite, je peux écrire dans le plus grand désordre, selon l'inspiration, ou les besoins de certains mécanismes narratifs (du buildup/payoff, notamment) et comme en cours de route, j'ai remanié en profondeur la structure du truc (la démultiplication des points de vue n'était pas du tout aussi poussée dans ma version initiale), ça a impliqué des phases d'écriture de scènes intercalaires et de déplacements de séquences entières.
C'est un vaste foutoir, ma méthode de travail. Le mot méthode est d'ailleurs peut-être complètement usurpé.

Quels sont tes principales sources d'inspirations et motivations pour l'écriture de ce roman ?

Plein de trucs, comme pour tout ce que je fais. Frank Herbert, pas tant pour l'arrière plan religieux que pour les jeux sur le langage et le point de vue.
Mes théories sur la structure des mondes mythiques. Mon expérience de l'aliénation due à la propagande et au conditionnement, et des façons d'y échapper ou de les contourner (j'ai vécu une partie de mon enfance dans un milieu assez sectaire). La SF en général, et surtout des gens comme Léourier, Moorcock ou Gene Wolfe qui mixaient les codes de la SF et de la Fantasy.

Un mot sur ton prochain projet de roman ?

Deux : "Peter" et "Pan".
Plus sérieusement, c'est une réinterprétation de l'histoire de Peter Pan. C'est pas très original (y en a eu des tas) mais j'ai un angle rigolo et un peu perché, avec un traitement de certains personnages qui, à force d'être décapant, leur redonne un lustre qu'ils n'ont pas eu depuis longtemps, je crois. J'espère.

Merci m'sieu. Voilà un pich bien prometteur !

Sa page sur le site de l'éditeurs Les moutons électrique :

Le blog d'Alex :
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Rikuzentakata : le livre photo sur la ville qui n'est plus




Le photographe japonais Naoya Hatakeyama avait signé en 2013 un ouvrage bouleversant, Kesengawa, où il juxtaposait des clichés de sa région natale avant et après le tsunami. Il revient une nouvelle fois sur la tragédie avec Rikuzentakata, nom de sa ville natale, détruite en 2011 et actuellement en cours de reconstruction.

Reconstruire mais pas renaître...

Après Fukushima, après la colère et l'immense gâchis humain, l'incommensurable douleur était tellement insupportable que je me suis un temps détournée du Japon. J'y suis retournée ce printemps, pour me gorger d'art (avec le festival de Setouchi) et de paysages. J'y suis partie sans aucune attente, juste dans l'acceptation du pays tel qu'il est, tel qu'il devient.
Lorsqu'on est un étranger, simplement fasciné par cette culture, mettre à distance la douleur est plus aisé car nous n'y sommes pas confrontés en permanence, dans notre quotidien et dans notre chair. Pour ceux qui ont là-bas leurs racines, celles qu'on ne peut jamais oublier ni déterrer, la souffrance demeure, tapie, toujours là. Pourtant, la vie ne s'arrête jamais.
Hatakeyama, lui non plus, n'a cessé d'évoluer, de travailler, de s'exprimer par les mots et l'image. Si Kesengawa est un ouvrage réalisé à chaud, issu de l'effarement lié  à un cataclysme trop vaste pour être appréhendé d’emblée  par un humain, Rikuzentakata, cinq ans plus tard, se tourne vers l'avenir, la reconstruction en cours de la ville, déplacée en partie sur les hauteurs.


Retour sur Kesengawa


Pour saisir la dimension du travail de Hatakeyama, je veux d'abord vous parler de Kesengawa. Récit intime et pudique de la catastrophe, le titre provient de la rivière Kesen qui traverse la ville de Rikuzentakata. Une ville côtière, dans la préfecture d'Iwate, construite sur la plaine littorale, pour profiter des richesses de la mer mais aussi à la merci de ses fluctuations et de ses colères. Ce livre raconte avec textes et photos, l'avant et après 11 mars 2011. Juste après le séisme, Hatakeyama, qui était à Tokyo, traverse à moto le paysage dévasté, parti en quête de nouvelles de sa famille. Il juxtapose ses réflexions au fil de son voyage avec des photos d'avant la catastrophe. Des photos personnelles qu'il n'avait jamais imaginé montrer un jour.
L'avant joyeux côtoie l'indicible, le traumatisme trop grand pour être contenu dans des mots. Hatakeyama a perdu sa mère dans la catastrophe. Avant le 11 mars, il travaillait déjà sur la notion de paysage (surtout urbain), notion géographique complexe d'interaction entre l'homme et la nature.
Depuis, il n'a pas cessé. Cependant, les transformations qu'il observait, progressives et parfois insidieuses, ont connu une rupture tant dans leur rythme que leur échelle. La catastrophe a littéralement rayé de la carte des quartiers, des villes, fait table rase du paysage pour repartir de zéro. Ou pas tout à fait, car la menace invisible des radiations est là, et comme beaucoup de Japonais, Hatakeyama en a pleinement conscience.



Participez à l'aventure de Rikuzentakata !


Son nouvel ouvrage, Rikuzentakata, aborde encore le thème du changement, de la modification des paysages. Cette fois, il suit les étapes de la reconstruction de la ville, la lente tentative pour déblayer, recommencer, après une fracture terrible dans l'histoire, aux conséquences difficiles à appréhender. Hatakeyama observe, propose son regard d'artiste qui a toujours saisi le point de jonction entre l'humain et la nature, là où se fabrique le paysage.


Le livre Rikuzentakata sortira en octobre, aux éditions Light Motiv. C'est une petite maison spécialisée dans les ouvrages photographiques de grande qualité alliant images et textes. Elle passe par une plate-forme collaborative pour s'assurer un seuil de financement, notamment grâce aux pré-commandes. La fabrication d'un bel ouvrage a un coût souvent difficile à porter pour des éditeurs modestes. Acheter en avance son exemplaire offre au lecteur le plaisir de participer activement à l'aventure et à l'éditeur une bouffée d'oxygène bien venue.
Light Motiv propose d’ailleurs un achat groupé de Rikuzentakata et Kesengawa à un tarif préférentiel de 59 euros, disponible uniquement durant la campagne de financement. La filiation forte entre les deux livres justifie cette offre avantageuse pour saisir toute la profondeur du travail d'Hatakeyama et son évolution. Vous aurez deviné, c'est la contribution que j'ai choisi !


Il ne vous reste que quelques jours pour pré-commander ce magnifique ouvrage photo. La traduction des textes de Hatakeyama est assurée par Corinne Quentin et l'ouvrage est préfacé par l'écrivain Eric Reinhardt. Il comptera 130 pages et sera au format 25 cm par 30.


Si le projet vous touche, parlez-en autour de vous et partagez le sur les réseaux sociaux, c'est aussi un moyen efficace de le soutenir !





Pour feuilleter le livre Kesengawa (désactivé votre adblock !) :

Un article sur Rikuzentakata et un entretien avec Eric Le Brun, le responsable des édition Light Motiv :

Deux articles passionnants sur Kesengawa :

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La Camargue au grand angle



Trente degrés à l'ombre.

C'est parti pour douze bornes de rando avec La Moustache.

Sur la digue quasi rectiligne qui mène de Saintes Maries de la Mer jusqu'au phare de la Gacholle, l'ombre est rare. Elle se limite à hauteur de brin d'herbe, ou plutôt, à hauteur de la lande éparse qui tente vaillamment de planter ses racines dans un sol aride et minéral, digne d'un décor de Mad Max. Un vent sec venu de la terre balaye les étendues neigeuses des salins et se charge en cristaux de sel, irritant les muqueuses, piquant la peau déjà brûlée par le soleil. Le vent cependant allège la chaleur insupportable. Quant au soleil, tenter de s'en protéger en se couvrant la tête ne suffit pas. La réverbération insidieuse du sol prend en traitre. Malgré chapeau et crème, les UV l'emportent et le rouge est de mise.

Douze bornes sous un cagnard d'août, hurlant sa force au bleu électrique d'un ciel abasourdi. La mer au sud, le delta du Rhône au nord. La fine bande de terre surélevée trace une frontière éclatante. Une tentative de délimitation humaine entre deux monde qui cohabitent dans un équilibre fragile, une tentative de compréhension du baiser amoureux entre eau salée et eau douce.

Le vent blanc se fout des hommes.

Le soleil aussi.

La digue aussi est tannée, balayé, asséchée.


Deux kilomètres avant le phare, notre destination, la route de caillasses blanches cède à un revêtement sombre, dur, pas vraiment du bitume mais tout aussi brûlant et raide sous la semelle. Ces deux derniers kilomètres fatiguent le corps déjà abruti de chaleur et usé par le sel. Enfin, nous atteignons les bâtiments.

Il n'y a pas de bateaux qui risquent l'échouage. Les randonneurs un peu fou, peinent à trainer leurs pieds alourdis. Nous sommes les seuls marcheurs à tenter l'aventure, les autres vacanciers croisés préfèrent tous le vélo. Après une collation légère et de l'eau en quantité insuffisante pour étancher notre soif infini, nous attaquons le chemin du retour. Le soleil de l’après-midi s'installe plus joyeux et impérieux que celui du matin.


On entendrait presque la terre se craqueler sous la fuite éperdue de l'eau qui s'échappe dans l'atmosphère. On pourrait presque entendre le crissement timide de la cristallisation lente du sel qui se dépose sur les berges à mesure que l'eau s'envole vers les nuages. La mort par asphyxie des crevettes et des crabes, quand l'eau devient saumâtre. Génocide silencieuse de crustacé. On entendrait presque dans son funeste sillage, les algues pousser. Dans leur croissance incontrôlable, elles font rougir les flaques agonisantes.


Mais le tohu-bohu du vent couvre tout.

Oiseaux, insectes, cailloux sous nos semelles.

Le vent salé cautérise leur voix. Ici, quand le mistral prend la parole, les hommes se taisent. La mer retient son souffle lointain.

Et nous, sur nos deux pattes, nous avançons péniblement, épuisé mais heureux, repus de cet horizon rayé de vert-jaune, d'ocre et de blanc, de bleu profond et insondable.


Carte de la randonnée en fin d'article, après les photo : 24 km d'après google maps, 26 km d'après l'office du tourisme.











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Phobie [Journal#4]




Préambule


Attention, l'article qui suit risque d'en choquer certains.
Non, vous n'avez pas atterri par erreur sur le blog d'un Odieux Connard (que par ailleurs, j'apprécie beaucoup). Cependant, je vais vous parler aujourd’hui d'un sujet personnel : ma phobie de l'obésité. Ces mots n'ont pas comme objectif d’insulter les personnes malades d'obésité mais d'exposer mon ressenti, qui n'est pas reluisant. Mon intention est surtout introspective, en pratiquant l’exercice d'un journal intime ouvert et non anonyme. Je partage ici un peu de moi, même ce moi qui déplaît aux autres et parfois à moi-même. Si vous vous sentez attaqué personnellement, j'en suis navrée. Je ne suis pas responsable de vos émotions si vous décidez de continuer cette lecture en connaissance de cause.

Grossophobie


J'ai peur des gros, j'ai une aversion violente, presque nauséeuse des amas de graisse qui arrondissent le corps et le déforment, le boursouflent, le plissent.
Évidemment, certaines de mes connaissances et amis sont gros. Ça complique un peu la relation pour moi, cela me demande de désincarner la personne pour l'apprécier et l'aimer.
Avec mes amis proches, j'ai toujours été franche et sincère sur la question. Ma limite étant l'obésité morbide où, là, ma phobie prend le pas et je ne peux que me mettre en retrait. Pour être parfaitement claire, ma phobie de l’obésité est un mouvement de recul, de rejet physique au plus profond de mon être. En rien je ne vais devenir agressive ou même incorrecte, à moins d'être littéralement acculée dans une situation où la panique prendra le dessus. Les obèses me dérangent. J'ai conscience que cela vient de ma perception et je ne vais pas aller les enquiquiner !

Grossophobie. Ce néologisme désigne la discrimination faite au personnes grosses. Grosses, pas obèses. Hors, le mot "gros" n'a qu'une signification relative là où l'obésité est quantifiable. Nous sommes nombreux et nombreuses à nous trouver trop gros, que ce soit justifié ou non par l'affichage de la balance. Les deux extrêmes de cette déformation entre la perception et la réalité met l'humain en danger : anorexie et obésité tuent.
Je ne suis pas idiote. Je différencie obésité et œdème. Les personnes malades aux jambes comme des poteaux gorgées de flotte ou blindées de cortisone pour soigner des maladies chroniques terribles m'inspirent de la compassion, même si, toujours, la grosseur du corps provoque viscéralement un mouvement de recul. Je sais que la prise de certaines substances comme des anti-dépresseurs dérèglent l'appétit et entraîne souvent des prises de poids impressionnantes. Savoir intellectuellement les causes ne m'aide pas : j'ai toujours peur.


Depuis très jeune, j'ai la phobie des gros. Je ne me souviens pas de quand précisément j'ai développé ce comportement. Je ne suis pas anorexique même si, j'ai eu, enfant, un rapport particulier avec la nourriture. Se sustenter, comme dormir, prenait du temps sur le jeu et, par conséquent, me paraissait superflu. J'ai toujours eu un appétit d'oiseau et des modes d'alimentation ultra simplistes. Gamine, je n'aimais que ce qui était cru. En grandissant, avec les injonctions et encouragements d'autrui, j'ai découvert des goûts différents. J'ai surtout découvert que le goût évoluait et qu'il s'éduquait. Je suis même devenue franchement gourmande et le repas, loin du fléau nécessaire de ma jeunesse, est aujourd'hui un moment de partage, un moment où j'ai conscience de ce que je mets en moi, que je vais transformer et qui va, à terme, devenir moi.

Pourtant, malgré cette évolution, j'ai toujours une phobie terrible des obèses, particulièrement de l'obésité morbide. Si les rondeurs ne me dérangent pas, que je trouve même que les morphologies avec des formes généreuses sont sensuelles et appartiennent à la merveilleuse diversité humaine, l'obésité, elle, me révulse. Me répugne. Me fait cauchemarder. Pire, me fait peur.
Une peur indicible, logée dans le ventre qui génère un mal être tel que j'en ai la nausée, le vertige.




Le poids de l'héritage familial


En France, il y a peu de personnes atteintes d'obésité morbide. Peu de personnes où la couche de graisse masque jusqu'aux formes les plus élémentaires de l'être humain, le transformant en une suite de plis et bourrelets, dissimulant les articulations sous des boudins flasques, arrondissant le visage au point de le perdre dans une lune trop vaste, alourdissant le cou au point de le faire disparaître dans les épaules, devenues une carapace molle de chair. La graisse donne aux hommes plus de poitrine qu'une femme. Donne aux femmes un ventre si disproportionné qu'une grossesse serait invisible.

Ces enfants de la malbouffe qui ingèrent les produits poubelles de l'agroalimentaire sont quand même là. J'ai grandi avec quelques spécimens dans ma famille, et qui sont peut-être la cause de mon intolérance. A moins que ce soit plus profond, plus ancien.

Ma mère aussi a été obèse adolescente. Elle a survécu à la tuberculose à une époque où soigner impliquait de gaver le patient. C'était juste après la seconde guerre mondiale, même si, en zone libre, elle avait peu connu la faim, le spectre du manque planait encore. D'une enfant malingre, elle est devenue énorme. À 17 ans, elle a décidé seule de maigrir avec les moyens du bord : des tisanes prises dans la boutique de son père, un herboriste. Elle a maigri. Très vite et beaucoup au péril de son ventre, en se flinguant définitivement l'appétit et son rapport aux aliments.

J'ai toujours connu ma mère mince, élégante et avec des crises carabinées de boulimie. A l'époque, elle disait pudiquement qu'elle souffrait de "crise de foie". Vingt ans plus tard, j'ai compris que c'était l'expression bien française pour désigner l'indigestion. Ma mère a l'appétit déréglé, brisé. Peut-être que le mien, par réaction, par protection, a longtemps été celui d'un oiseau timide. J'ai toujours réagi avec violence et efficacité si on me forçait à manger un truc que je n'aimais pas : je vomissais dans la foulée, de préférence sur la personne qui avait commis l'affront
Ma mémé, la mère de ma mère, était obèse. Je l'aimais beaucoup. Mais je crois que, déjà enfant, mon amour pour elle était complexe avec un mélange d'attirance et répulsion. 



Aspirante sauveuse


Nombre de mes amies à l'école étaient grosses. Ma tendance de sauveuse me rapprochait systématique des gamines rejetées, souvent en raison de leurs physiques jugés ingrats par les autres enfants, ou de leurs difficultés scolaires. Certaines cumulaient. Je me souviens de Patricia, au primaire. Une gamine d'un milieu défavorisé qui peinait à apprendre à lire. Je l'aidais donc à faire ses devoirs - mais je ne les lui faisais pas à sa place, loin de là, elle trimait dur avec moi ! - en échange de quoi elle mangeait une partie de mon assiette à la cantine, voire tout si c'étaient des choux, des épinards, du foie, de la viande semelle....

Rétrospectivement, je réalise à quel point ce marché était déséquilibré et un peu égoïste. J'aimais aider et donner aux autres l'envie d'apprendre et de découvrir. Je grince des dents en songeant que par mon attitude, je ne l'ai pas aidé à lutter contre ses problèmes de surpoids qui l'handicapaient socialement et l'attristaient.
Et si l'obésité me repousse, quand je songe à mes années d'école, plusieurs visages poupins d'enfants ou d'adolescents gonflés m'apparaissent. J'ai toujours été douce et gentille avec eux, même si je ne masquais pas mon désaccord sur leur régime alimentaire, partageant même mes inquiétudes sincères sur leur santé. L'influence de ma mère, qui outre sa névrose alimentaire, exerçait la profession d'infirmière, m’apparaît aujourd'hui limpide.

Cette société que je déteste


Nous vivons dans une société étrange.
D'un côté, il est évident, quand on a des notions d'anatomie, que l'obésité est un fléau qui abîme le corps et la santé. De l'autre, les remèdes sont souvent pire que le mal car pour maigrir, ce n'est souvent pas d'un régime dont la personne a besoin mais d'une aide thérapeutique complète et profonde. La société de consommation, les industries de l'agroalimentaire, jouent sur les faiblesses des hommes pour les empoisonner littéralement avec des sucres et des produits addictifs. Une masse grosse et assujettie, qui ne réfléchit pas (merci la TV) est toujours plus facile à gouverner et à saigner.
Je crois que si mon aversion pour l'obésité est si forte c'est parce que l'amas de graisse est la représentation physique tout ce que j’abhorre : la preuve tangible de la faiblesse humaine qui se laisse dévorer crue par le système qu'elle a elle-même créée alors qu'elle crève de trop - et mal - manger. Un paradoxe insupportable surtout quand il y a une conjonction entre obésité, pauvreté et faible niveau d'éducation - ce qui était le cas pour une partie de ma famille.

Typologie tri lili


Alors, oui, j'ai une phobie de l'obésité et des personnes obèses. Ça ne m'empêche pas de les aimer, même si la longueur et la difficulté du chemin vers l’autre est proportionnel à son poids. Il y a, néanmoins, dans ma phobie, deux catégories distinctes et l'une est plus facile à aborder. En effet, je différence en plus les enflés des flasques :
- les enflés ressemblent à des baudruches, ils sont tout ronds avec la peau tendue. Leur peau contient le surplus de gras et je ne me sens moins "envahie" à leur contact.
- les flasques, eux, ont le bourrelet tombant, souvent qui coule en une série de plis successifs, mous.
J'ai constaté une évolution de l'enflé en flasque quand la prise de poids continue avec les années, peu clémentes avec les gros.
Du point de vue de mes interactions sociales, j'ai du mal à masquer mon dégoût avec les personnes à l'obésité flasque, ce que je trouve très gênant. Quand à l'obésité morbide, elle est simplement insoutenable et j'ai abandonnée depuis des année le combat.
Je n'éprouve aucune plaisir à blesser autrui. Tant il est facile de contrôler ses paroles, tant il est presque impossible pour moi de contrôler mon visage, mon expression et mon attitude. Alors, je préfère encore le dire. Parce qu'une couche de graisse ne m'a jamais empêchée d'éprouver de l'affection sincère pour un humain doté d'un cerveau fonctionnel, d'une belle âme et d'un cœur généreux.
J'ai peur des gros, certes, mais ça ne m’empêche pas d'en aimer certains et de faire fi de leur armure de chair. 





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