La fourmi [Poème]

Petit poème pour suivre le défi d'Agnes Domergue, lancé sur son blog
Les règles :
- Écrire un souvenir avec un insecte de votre choix
- Que vous évoque le mot murmurer ?
- Utiliser La brise fraîche 



Elles préparent la conquête...
Cimes des parasols ajourés,
Je flâne, ivre d'été
Jaunie, tassée, douceur de l'aiguille émoussée
Tapis moelleux sous mes pied nus

Elles préparent la conquête...
Parfum d'eucalyptus
Son bouquet de plumes bleuté
Tombé du ciel, vire à l'ambre
Feuilles cassantes sous mes pieds nus

Elles préparent la conquête...
Myrte entêtante dans le maquis
De part et d'autre du sentier
Fleur d'or et d'artifice
Sables brûlants sous la plante

Devant, lointain, embruns et brise fraiche
Le chant de la mer et ses promesses
Hâter le pas vers la dune

Elles lancent l'offensive...
De leur tertre, elles jaillissent
Sur les aiguilles, se pressent
Entre les feuilles, se glissent
Aïe !
Au bout de mon gros orteil
La fourmi noire
À capturer une proie
Bien trop grosse pour son estomac !


Pour la petite histoire, il y a des années, gamine, en vacance en Corse, je me suis fait "mordre" à sang par une grosse fourmis noire. La demoiselle, pas du tout dérangée par mes gesticulations a refusé de lâcher mon gros orteil, à priori très gouteux. J'ai dû l'enlever à la main (sans la tuer, parce que j'aimais bien les fourmis jusqu'à ce jour). 
Je me suis toujours dit qu'elle avait probablement crâner au près de ses copine.


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Enjoy the silence


Je manie les mots.
Je communique, dialogue, me dispute parfois, surtout je m'exprime avec les mots. Dans ma tête, ils se tamponnent en un joyeux chaos.
J'aime les mots.
J'aime vérifier encore et toujours les définitions, apprendre l’étymologie, découvrir de nouveaux termes comme autant de possibilités de jeux. Autant d'enrichissements de mon vocabulaire et de mon expression.
Autant d'outils pour aller vers soi et vers l'autre.

Souvent, nous parlons la même langue mais pas le même langage.
Souvent, les mots sont teintés du sens subjectif que nous leur donnons. De nos souvenirs, de notre ignorance, de nos erreurs.

J'aime les mots et pourtant, malgré toute leur diversité, leur précision, parfois, le mot se transforment en simples sons.

Des sons brouillés. Des sons flous, mélangés. Des sons dissonants. Des sons fatigants. Des sons traîtres, des sons mensongers.
Des sons porteurs d'émotions qui font mal. D'émotions qui ne nous appartiennent pas.




J'aime les mots.
Parfois, pourtant leurs sons m'échappent. 
Leur sons me blessent.
Je les laisse.
Je me laisser aller.
Aller au silence bleu, au vide tranquille.
Au regard.




Debout, au bord du bassin d'Honfleur,
 au crépuscule.
Tout se joue sur la surface mouvante 
d'un miroir contenu.
Les marques de l'automne. 
La servitude des bateaux amarrés.
Le dernier voyage 
d'une pâquerette esseulée.
La vie qui réside et résiste, 
surtout où personne ne l'attend.








Toutes les photos ont été prises fin octobre à Honfleur. Le titre de cet article est une référence à la chanson éponyme de Depeche Mode.


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Agitation automnale





Aujourd'hui, j'ai envie de vous causer un peu de mon entrée fracassante dans l'automne.

Les plans sur la comète


Novembre est La période synonyme d'écriture dans mon agenda. Je participe pour la cinquième année consécutive au défi un peu fou du Nanowrimo qui consiste à écrire un texte de 50 000 mots en un mois. J'avais prévu, l'an dernier, d'utiliser mon mois d'octobre pour préparer la trame d'un nouveau projet. 2016 allait être un Nanowrimo neuf, un vrai, avec un début et peut-être une fin. J'allais suivre les conseils lumineux de Chris Baty, le fondateur du Nano : planifier à l'avance mais pas trop. Enfin, je retournerai au genre SF, à un texte moins introspectif, moins lourd, histoire de m'aérer un peu du pavé sur lequel je planche depuis des années, Écharpe d'Iris
Le tome 2 avance péniblement, quand au premier, achevé depuis plus d'un an, je ne l'ai toujours pas soumis à une éditeur... (mais j'ai une vraie raison). Heureusement, ce Nano serait une bouffée d'oxygène !

La fin des illusions


Sauf que...
 En octobre, je me suis embarquée dans un autre machin : inktober (produire un dessin à l'encre par jour durant un mois). Forcément, quand on n'a pas dessiné depuis 20 ans et qu'on a jamais réussi à atteindre la cheville de son ambition personnelle, l'affaire prend du temps et de l'énergie. D'autant que j'ai adapté le concept pour y joindre du texte et le transformer en un travail introspectif.
Donc toutes mes intentions louables pour bien attaquer mon Nanowrimo 2016 se sont envolées, oubliées face au couleurs chatoyantes de mes feutres et de mes stylos à paillettes, accessoires indispensables ! Ajouté à cela une escapade en Normandie pour fêter dignement mon anniversaire et je me retrouve, début novembre, déjà en retard pour attaquer le Nano.

Cependant, j'ai la grande satisfaction d'avoir tenu le cap du inktober, avec quelques dérapages mineurs. Dans mon cahier, 31 gribouillages font face à 31 pages de textes. 




 

L'important, c'est la constance !



J'ai commencé à écrire dans un joli carnet en septembre. Je tente en vain l’exercice du pseudo journal intime depuis deux ans dans un agenda, et je n'arrive pas à m'imposer cette discipline, même hebdomadaire. Forte de l'échec, j'ai donc opté pour un truc plus adapté à mon caractère fantaisiste : un "anti-bujo" ! Le bujo (bullet journal) cristallise toute l’organisation que je rêverais d'avoir et que je totalement incapable de suivre. Chapeau aux copines qui s'y tiennent !
Dans mon cahier "anti-bujo" pas de date, pas de règle. Juste l'inspiration lâchée en liberté, un joyeux bordel créatif avec comme dénominateur commun mes états d'âmes, mes impressions, sans trop de repères factuels.

Inktober, dans sa forme assez souple et sa durée limité, fut un exercice très plaisant. Je suis fière du résultat, et j'avoue assez surprise. Mon cahier s'est bien rempli et j'ai envie de poursuivre l'aventure, au fil de mes envies.


Mais, maintenant, assez procrastiné !
Il ne me reste qu'à attaquer le marathon du Nanowrimo avec motivation. Vos encouragements et surtout coup de pied au fesses sont les bienvenus.




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Olivier Adam, le cœur régulier : le séisme de vivre



Ce roman intérieur nous transporte dans le quotidien d'une femme, Sarah, dévastée par le décès de son frère et qui va peut à peut se repositionner dans son existence, comme on revit après qu'un séisme ou un tsunami aient balayé nos certitudes et nos habitudes. Un livre poignant.

Le deuil comme seconde chance pour vivre


Pour Sarah, l'accident de voiture de son frère est un suicide. Il s'est mis son dans un platane. Volontairement. Parce que Nathan, son frère, si proche, si aimé, si cassé, n'a pas pu mourir ainsi, bêtement. Parce qu'il voulait mourir depuis longtemps. Elle est en certaine, même si, depuis plusieurs années, leur relation c'était distendue. Dans la vie lisse de Sarah, avec ses deux enfants, son mari parfait, son travail productif, il n'y avait plus la place pour un être aussi écorché vif et volatil. Alors, elle s'était détourné ; mais, face au deuil, tout se fissure. 

Alors Sarah part au Japon, là où Nathan a vécu quelque temps. Elle part dans un endroit à la célébrité funeste : les falaises des suicidés. Sarah ne sait pas ce qu'elle cherche, retrouver la proximité, le lien avec son frère défunt ? Comprendre sa mort ? Elle part à la rencontre des habitants et surtout, de Natsume, un ancien flic qui arpente le bord de mer, à l'affut de ceux qui voudraient se lancer dans la vide, pour les sauver d'eux-même.
Là bas, au Japon, dans ce bout de paysage brouillé par les embruns, teinté par le désespoir de ceux qui ne veulent plus vivre, Sarah renoue avec elle-même, et petit à petit, ouvre les yeux sur la réalité de son existence.

Maestria littéraire


Le cœur régulier est d'une grande qualité littéraire : un style d'écriture affirmé, particulier, très poétique, à la fois riche en vocabulaire, précise et très fluide. Sa construction narrative faussement linéaire avec une alternance de flash-back précis emporte le lecteur dans la vie de Sarah, lui impose sa réalité des choses, la violence de son deuil mais surtout, le contre-coup, encore plus étourdissant. Peu à peu, Olivier Adam arrive à tordre notre perception, nous donner le regard de Sarah comme "vrai" avant de nouveau de le rendre flou, lointain, pour mieux réajuster la vision d'un réel avec un tumulte d'émotions contradictoires. Ce livre raconte des vies, des relations familiales, la difficulté de s'aimer soi-même et les autres sans masques. Le cœur régulier raconte aussi une retraite, loin des siens, loin des cadres et codes sociaux, loin de toutes les obligations qui tiennent nos vies. L'absence des repères et la bienveillance des rencontres vont permettre à Sarah de se mettre aussi à nue, d'abaisser les protections qu'elle a érigé depuis son enfance, des protections devenues prisons.

Il n'y aucune facilité, aucune mièvrerie et surtout aucune complaisance dans ce roman. Quand les masques tombent, quand les illusions et les projections éclatent, que le réel qu'on pensait solide se fissure pour révéler une autre réalité, nue, objective, beaucoup plus complexe et nuancée, on peine, on souffre dans sa lecture. Ce roman m'a bouleversée. À la fois par son fond, une histoire terrible, magnifique et étonnement, libératrice et porteuse d'espoir, mais aussi par la forme : son écriture, son construction judicieuse, la maestria avec lequel le Japon est traité, l'évolution de la narratrice, son humanité.

Une amie m'a prête ce livre. Elle l'a conseillé, sincère en précisant que ce qu'elle sentait de moi et de ma façon d'écrire lui paraissait correspondre à ce livre-ci. Je voulais livre Olivier Adams depuis des mois. Il fait parti de ces auteurs français contemporains qu'un apprenti-écrivain inspiré de Japon se doit de connaître. Et puis, il a séjourné à la villa Kujoyama, comme Eric Faye (Malgré Fukushima) ou Bertrand B Reverdy (Les évaporé, un roman japonais). J'ai refermé le livre, bouleversée, secouée par un séisme intérieur. J'ai songé qu'il me reste à lire tout ses autres romans, que j'ai des amies drôlement finaudes. Maintenant, il va falloir bosser dur pour que mon écriture soit aussi percutante que la sienne !

Le personnage de Natsume, qui cherche à sauver les candidats au suicide, est inspiré de Yukio Shige :

Un autre article (qui parle aussi de l'adaptation cinématographique) : 
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Monsieur Milk, facteur : distribution d'amour !



Les albums jeunesses regorgent souvent d'une poésie étrange et tendre qui correspond parfaitement à la vision du monde des petits. Elle charme les adultes et réenchante un peu leur quotidien. Monsieur Milk, facteur de Kijima Seigo (Picquier jeunesse) est ours polaire japonais (oui, c'est possible) qui distribue plus que le courrier.



Le facteur détective



Milk est facteur. 
Il travaille au bureau de poste "Shiro-kuma" (littéralement l'ours blanc). Un jour, il reçoit une carte postale qui lui est spécifiquement adressé avec une demande d'aide désespérée : la progéniture d'un couple de grue a disparu. Serviable et inquiet, Milk se charge donc de rechercher le petit. Alors que les jours passent sans aucun indice, il n'abandonne jamais.
L'histoire a évidement une fin joyeuse !

Les dessins de Kijima Seigo simples et très lisibles, osent marier un graphisme contemporain et dépouillé avec un trait à l'encre dynamique et quasi calligraphié. Le résultat est une illustration à fois esthétique et facile à comprendre pour les enfants. 
 

 

Un album aux traits contemporains et à l'ambiance surannée


J'ai particulièrement apprécié le ton de l'album, à la fois tendre, aimant, sans tomber dans le mièvre surtout grâce à une bonne dose d'humour : Milk commence d'ailleurs son enquête en allant voir les prédateurs pour vérifier que l'oisillon n'a pas été croqué ! 

L'auteur, Kijima Seigo est directeur artistique. Il s'agit de son premier ouvrage solo. Cette histoire est inspirée par un ours polaire qui vit captif dans le zoo de Kushiro (Hokkaido) et qui marche souvent debout sur ses deux pattes arrières, donnant ainsi l'impression étrange d'être face à un homme portant un costume d'ours.
Nulle doute que Milk est plus heureux que le "vrai" ours...


Le début de l'enquête : est-ce que l'oisillon a été mangé ?!

Le quotidien d'un ours facteur !



À la fin du livre, vous trouverez une jolie carte postale et une incitation à l'écriture avec un concours (pour les 100 premiers participants). Voilà de quoi motiver les enfants (et les plus grands) à envoyer plus souvent de leurs nouvelles sur papier. À l’ère du numérique, nous oublions la joie que peut provoquer la réception d'une lettre, le charme du timbre et de son tampon. Monsieur Milk, facteur dans son contraste - un dessin résolument moderne avec une histoire tournée vers la tradition épistolaire et l’absence de technologie pour les communications - résume bien la culture japonaise. Si l'album s'adresse à tous, ceux qui apprécient le Japon auront un petit plaisir supplémentaire !

Monsieur Milk, facteur de Kijima Seigo (traduit par Anaïs Koechlin)
Album de 40 pages, chez Picquier Jeunesse : 13,50 euro


Un autre avis sur un super blog spécialisé lecture japonaise :


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Un coup de peinture fraiche : Raviver les souvenirs et leur rendre leur brillance !


Menton, coincée entre la mer et la montagne, est la dernière ville avant l'Italie. Dans ses rues, sur ses murs, au dos des vielles rabougris, même dans les boutiques attrapes-touristes estampillées couleur locale - jaune citron ou vert olive - tout respire une appartenance méridionale qui brouille les frontières. Parce qu'entre ces villes de la côte d'Azur, serrées sur une étroite bande de terre vaguement constructible, on retrouve une culture commune avec l'Italie si proche. 






Les murs ocres, oranges et bouton d'or. Les ruelles serpentant jusqu'en haut de la colline rocailleuse d’où surplombe le cimetière. Les églises richement décorées dont l'intérieur ressemble à un écrin, une boite à musique baroque où en guise de danseuse, trône une représentation de St Michel ou de la Vierge, peinte de ce bleu profond, sublime avec ses traits d'une finesse surnaturelle.

Menton, petite, discrète, par rapport à Nice, est une ville que j'ai toujours aimé sans retenue. Sans ambiguïté. 




Déjà, parce qu'on y célèbre les agrumes. Depuis ma plus tendre enfance j'ai toujours voué un amour invétérés aux citrons. Je me souviens des chars piqués de fruits, de ma fascination naïve teintée de désespoir face à ce gâchis. Mes parents m'ont toujours assuré qu'il n'y avait pas de perte, que pas une seule orange serait perdue, et qu'elle finissaient toutes en confiture. Rétrospectivement, j'ai des doutes sur la véracité de leur affirmation. Menton, c'est la ville d'Yvette ; une des amies de ma maman. J'aimais rende visite à cette petite dame, rousse ridée comme une pomme, au corps fluet, débordant d'énergie et de gentillesse. Menton, c'est la dernière ville du territoire avant l'Italie. Enfant, la frontière était encore une réalité tangible avec douanier, garde barrière, carte d’identité. Une zone un peu mystérieux et magique, dans mon imaginaire, où quelque chose d'important pouvait subvenir. Je me souviens des voitures arrêtes sur le bas coté, au coffret ouvert.




Menton était comme la dernière ville connue. Après, on ne parlait plus ma langue. Tout pouvait basculer.


Maintenant apaisée, j'avais envie de revoir la ville, et de la partager avec mon amie Anne qui apprécie - beaucoup plus que moi - la côte d'Azur et ses charmes. Nous voilà donc partie, malgré le temps gris d'automne, en train, depuis Nice. Le voyage est court. L'arrivée rocambolesque : hors saison l'office du tourisme ferme entre midi-deux mais le personnel, en train d'éteindre les lumières et verrouiller les portes, a eu la gentillesse de nous donner une carte. Après un pan bagna dévoré au bord de la mer à la barbe - ou plutôt plume - des goélands, nous attaquons le cœur de notre programme : la visite du musée Jean Cocteau






Ouvert en 2011, c'est un bijou d'architecture et de poésie. Outre les œuvres de Cocteau, il présente la collection d'un grand amateur d'art Séverin Wunderman. Au sous-sol, un documentaire réalisé par Cocteau lui même, raconte comment la villa Santo Sospir s'est retrouvée ornée de ses fresques oniriques. Avec magie, sensibilité et une bonne dose d'auto-dérision, l'artiste parle de son travail. Un seul regret, par une seule fois n'est mentionné explicitement son histoire d'amour avec Jean Marais, pourtant un aspect important de sa vie.






Dehors, les nuages s’amoncellent. Nous crapahutons dans les rues escarpées de la veille villes. Cactus, plantes grasses et diverses icônes ornent les façades colorées. La basilique St Michel nous accueille et ses pendouilleriez kitchs, ses dorures, sa piétés, ses croyances ostentatoires qui en deviennent folkloriques.
Puis, sous une pluie hésitante, nous montons jusqu'au cimetière avec vu sur la baie. Les tombes délimitées par du fer forgé rongé de rouille, les gravures en cyrillique, les croix couchées sous la vieillesse, les cyprès vert sombre, un hommage au gris profond des cieux. Le soir tire vite la révérence et à 18h, nous nous réfugions dans une crêperie bretonne pour déguster la spécialité maison : la crème de citron ! Des vacances ne peuvent être qualifié de réussies si je n'ai pas manger au moins une fois des crêpes. 





Par la fenêtre bleu nuit du train qui nous ramène à Nice, la courbe orange de la Prom illuminée. Le périple s’achève, des souvenirs joyeux recouvrent ceux nimbés d'un voile amer. Menton retrouve le goût acide et vitaminé de mes impressions d'enfant. Déjà, nous projetons un prochaine excursion. Un prochain séjour avec une visite à St-Jean Cap Ferrat et la visite de la villa peinte par Cocteau.


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Album jeunesse "Baku, le mangeurs de rêves" pour dormir sur ses deux oreilles




À l'orphelinat, Toyo, un petit garçon, est poursuivit par un grand squelette grimaçant. Quel horrible cauchemar ! Réveillé par un bruit, il aperçoit par la fenêtre une immense forme chutant depuis le toit. C'est Baku, un yôkai qui ne fait qu'une bouchée des mauvais rêves. Il n'est pas très à l'aise en ville, surtout entouré d'une foule agressive. Il prend peur et s'enfuit...


Baku raconte l'histoire de la rencontre entre Toyo et Baku, à la frontière entre rêve et réalité. L'absence de Baku cause bien des déboires dans le monde des humains, ignorant de l'existence des yôkai qu'ils prennent pour des fables et des superstitions. La persévérance de Toyo pour retrouver Baku, mais aussi sa curiosité, sa bravoure et sa gentillesse, vont aider tout les habitants de la ville.

Voici un bien joli conte qui utilise le folklore japonais sans tomber dans le stéréotype ou le travers de l'énumération façon bestiaire. En suivant ce garçonnet, l'auteur, Fabien Doulut, nous plonge dans le quotidien d'un Japon contemporain très attachant. Ceux qui connaissent le pays retrouverons sa couleur, son parfum et son ambiance si particulière. Les autres en auront un aperçu sensible et très juste. 






Les monstres de Fabien Doulut, même les plus repoussants, ne font jamais vraiment peur. Il arrive à adoucir par son travail graphique toute leur agressivité et transforme ainsi les yôkai antipathiques voire effrayants en être étranges, certes, mais jamais terrifiants pour un jeune lecteur. Son dessin est riche sans être fouillis. Il a cette manie que j'adore chez certains : parsemer ses dessins de petits détails drôles ou qui se font échos. Cela encourage à être très attentif et à longuement regarder chaque page. La narration très dynamique utilise à bon escient le détourages et le hors-case, comme dans la BD, pour happer littéralement le lecteur.

Un album dépaysant et pourtant très accessible en raison de l'universalité de son récit. On peut y discerne un propos très engagé et actuel sur la peur de la différence. J'ai apprécié le ton poétique du texte et les illustrations, couleurs d'automne, vraiment magnifiques. Le choix d'un matin mat pour l'intérieur et velouté pour la couverture correspond parfaitement à l'esprit de l'ouvrage. Il sera en librairie le 20 octobre, aux éditions Picquier Jeunesse, à 16 euros.

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