Dans le train & dans le sac [inktober #02 & #03]


Tu prends un train.
 Te voilà arrivé au Fushimi Inari, 
le sanctuaire aux dix mille torii.





Dans ton sac, 
un thermos d'eau glacée, deux onigiri à la prune salée et aux algues,
 ton appareil photo, 
ton carnet de voyage, 
où tu consignes anecdotes et impressions et où parfois tu griffonnes un croquis, 
quelques stylos et crayons à mine de plomb,
 une petite serviette éponge avec brodée une adorable créature issue d'un dessin-animé de Miyazaki, 
ta carte de transport valable sur les lignes de la JR
 et bien sûr le passeport avec ta trombine austère.








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C'est partie pour un mois de gribouille d'inspiration Japon [Inktober #01]


Comme l'an passé, je me prête pour ce mois d'octobre à l’exercice créatif d'Inktober pour la deuxième fois. Je me suis fixé un objectif simple : illustrer ma nouvelle Inari parue dans le recueil Malpertuis VIII.


J'ai pris un cahier tout petit, pour ne pas avoir beaucoup d'espace à remplir. Si je suis inspirée et motivée, je pourrais toujours faire plusieurs dessins. J'ai aussi décidé de faire une mise en couleur de type aquarelle avec mes encres pour le sumi-e. Comme elles sont au nombre de six (plus un doré et un argenté), je ne risque pas de me perdre dans une palette infini.

Je vais tâcher de mettre mon avancée ici, mais vous pouvez aussi me suivre sur instagram pour voir les versions avant mise en couleur.



  
Tu ne raconteras pas cette rencontre.
Ou peut-être, un jour, au crépuscule de ta vie, soudain tu auras l'irrépressible besoin de partager ta vision.



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Arles : souvenirs de chats, de fissures et d'odeur de pierres chaudes



Parce que je n'ai pas trop envie de parler de septembre, des attentes et des frustrations, parce que je n'ai pas encore la motivation pour effectuer la « rentrée » je prolonge un peu la langueur des vacances. 

Voici quelques photos de la ville d'Arles, où se tient ses Rencontres photographiques de grande qualité. Entre les expositions, sous un soleil de plomb et un thermomètre flirtant avec le quarante, j'ai glané quelques impressions urbaines.  






La lumière rouleau compresseur, la sueur dans le dos, la peau qui grille.
Les ocres chauffés à blancs.
Succulentes au paradis et leur copines défraichies. 
Répandu à l'ombre, un chat. 

Un autre, en planque dans les ténèbres, guette le voyageur égaré dans les ruelles piétonnes.

Pas de répit. 
Sols brulants. 
Mûrs brulants.




Ciel Klein qui crame les yeux. 
Plus ouverts. 
 

Plus lucides. 

Emplis de merveilles.





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Passer l'été [Journal #8 ]



Dernier article du blog avant une pause estivale.
Je vous souhaite à tous un joli mois d'août, et on se retrouve à la rentrée !
En attendant, vous pouvez aussi retrouver mes photos parfois saupoudrées d'un haïku sur Instagram




Dimanche 23 juillet.

Les six derniers mois de 2017 condensent échecs, déceptions, révélations nauséeuses. Six mois dans la fiente familiale, dans le désarrois, à se débattre pour avancer. Bouger. Partir. Ne pas rester là, engluée dans la pénombre, au contact intrusif d'autrui. Fuir.
L'univers en a décidé autrement.
Entre la merde parentale que je pelte depuis mon enfance, avec ignorance et déni certain, et mes désirs d'émancipations contrariés, mes envies de légèreté clouées au sol, j'ai l'impression d'étouffer, de croupir. De me noyer dans les excréments des autres. Raz le bol. Mare, mare, mare.
Grosse colère et grande déprime.
Le printemps humide a laissé la place à une mousson violente. Tout laver. Nettoyer par le vide. Laisser l'eau emporter sel et déjections.
Loin d'ici. Loin de moi.

Passer l'été, comme pour les personnages d'un roman d'Olivier Adam.
Passer l'été pour terminer vivant.
Après plusieurs déceptions, constater que la fuite est impossible. Un leurre.
Pour l'instant, et probablement pour cette année, pas de déménagement. Mes aventures immobilières commencées en février, en réponse aux injonctions dévorantes de ma mère, tiennent du burlesque dans leur malchance à répétition. Une mouise telle que même les professionnels du métier n'en reviennent pas. Deux vendeuses qui se désistent juste avant la signature du compromis. La première, pas de regret. Une personne sans honneur ni parole pour un bien qui rétrospectivement avait de nombreux défauts.
Pour la seconde, les raisons de son revirement sont hallucinantes : rattrapage en force du principe de réalité et pétage de plomb. Beaucoup de malchance et surtout de tristesse. Nous avions eu un vrai coup de cœur pour cette maison. L'endroit où tu te dis « c'est pour nous » avec une vendeuse adorable. Fragile. Trop fragile. Dans un fantasme de changement de vie qui lui a explosé à la figure. Dépression. Rétractation.
Et on s'est aussi pris du shrapnel dans la tronche. Hébété, on se retrouve sans nouveau foyer.

Dans ma tête, ça a sauté.
Court-jus. Stop.
Foutez-moi tous la paix. Laissez-moi tranquillement panser mes plaies et me repaitre un peu de ma douleur, au fond de ma grotte.

Pas longtemps, le temps de faire le vide.
Remettre les compteurs à zéro.
Passer l'été.
Survivre aux six premiers mois de l'année. Constater que oui, je suis toujours en vie.
Ça a pété le 24 janvier. Alors je m'accorde jusqu'à 24 juillet.
Ou peut-être jusqu'au début août
Ou même jusqu'au début septembre. Quelques jours aux rencontres photographiques d'Arles, puis un voyage au Canada. Un autre continent.

Passer l'été. Laisser s'entasser les refus de mon manuscrit et terminer le second tome alors que le premier ne semble pas trouver grâces auprès des éditeurs.
Passer l'été. Les rues calme de la capitale, la température en yoyo d'une planète avec le hoquet. Les envies, les angoisses. Se dire qu'août sera une parenthèse et qu'en septembre, on reprendra le combat.

Passer l'été.





Lundi 31 juillet


La semaine suivant ce texte, j'ai expérimenté qu'il faut d'abord lâcher prise, abandonner ce qui coince, pour qu'une situation se débloque.
Lâcher prise, et l’imprévu s'invite, sans effort.
D'autres possibilités, d'autres chemins, bordés de confiance et d'espoir.

Je laisser passer l'été, sans combat ni débat.
En septembre, je verrai où la vie me mène.






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Fragment d'hanami à Kyoto [jeu d'écriture]



Agnès a des antennes.

Voici la second fois qu'elle jette ses dés de mot en un exercice d'écriture ludique et amusant. Le jeu tombe à pic alors que je traverse une période de panne sèche. Pour participer, il suffit de commenter sur son blog :

Le tirage est le suivant :
- Le halo de la lune
- Tituber
- Pétale de rose
J'ai tout de suite repensé à une soirée particulière, lors de mon séjour à Kyoto, l'an passé. Comme je vous ai peu parler ici de ce merveilleux voyage, en voici un fragment.





Dans les allées du jardin botanique, le crépuscule tend sa toile vive, depuis le sol au ciel trop bleu. Une vibration presque douloureuse.
Ils sont là, pour la parade, nimbés d'une neige douce, dans la chaleur d'un soir de printemps.
Ils sont là pour être admirés, cajolés de regards ébaubis, effleurés du bout d'un index timide, flattés pour leur houppe et leur magie diffuse.

L'occasion mérite notre attention.
Bâches bleues et alcool translucide. Vêtements de soie. Motifs ancestraux. Costumes fripés par une journée de labeur. Uniformes scolaires parfumés de sueur. Pousser la bicyclette. Se rendre à la fête.
Pique-niques organisés au cordeau ou bentos choisis à la va-vite au konbini du coin. 
La nuit appartient au jardin.
Nous ne sommes que des invités de passage, à profiter de leur présence.

Le temps ne se compte pas pareil pour les arbres et les hommes.
Tordus, vieillis, parfois malades, leur charme impressionne encore plus la foule dans son hommage unanime.

La présence de centaines d'espèces d'une foison de forme, de fragrances hésitantes, de tailles et de textures, de droiture et de courbes noueuses, rappelle nos différences. 
Vieillis, parfois malade, leur charme vénérable impressionne encore plus la foule dans son hommage unanime.

Alors, nous déambulons, tantôt dans les allées, tantôt sur les pelouse.
Nous buvons dans des gobelets de plastiques à leur santé. Grignotons une boulette de riz. Toujours, le nez en l'air, à observer les frémissements des pétales.

Demain ou après-demain, peut-être, le temps tournera à la pluie. Leur fière allure s'évanouira en une autre pluie, moins drue, sèche et voletante. Comme sa jumelle d'eau, elle termina sa vie dans le caniveau, à la surface des étangs et canaux, avant de sombrer lentement. Un tapis blanc maculant sable, herbe et bitume.

Et, l'an prochain, de jour, comme de nuit, se presseront les humains, ivre du spectacle éphémère d'hanami.



Accords de l'astre et l’électricité
Tant que dure le chant des cerisiers
Nuit d'avril ignorée










Pour les curieux, ma première participation :  http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/2016/11/la-fournis-poeme.html

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Le meurtre d'Alice de Yasumi Kobayashi : Lewis Carroll revisité en un polar horrifique



La jeune maison d'édition d'Est en Ouest propose des œuvres contemporaines japonaises inédites. J'ai découvert leurs ouvrages à Japan Expo et j'ai été séduite par la qualité de la fabrication des livres (choix du format, papier, maquette...) Leur première collection se compose de policiers, un genre que je n'apprécie guère. Cependant, je me suis laissée séduire Le meurtre d'Alice, un titre hommage à Lewis Carroll. C'est une de mes meilleurs découvertes de la Japan Expo 2017 !


Back to Wonderland


L'histoire s'ouvre au Pays des Merveilles avec un dialogue délicieusement incongru. On apprend qu'Humpty Dumpty, le personnage ressemblant à un œuf, est tombé de son mur et a rendu son dernier souffle. Accident ? Non, quelqu'un s'est acharné sur sa coquille. Aucun doute, il s'agit d'un assassinat... Et voilà que le Lapin Blanc jure avoir vu Alice s'enfuir du lieu du crime. La jeune fille, immédiatement suspectée, se retrouve donc menacée de la sempiternelle décapitation. Le Chapelier Fou et le Lièvre de Mars, auto-proclamés enquêteurs, ne semblent pas désireux de prouver son innocence.

Au Japon, une étudiante, Ari, rêve du Pays des Merveilles. Quand un professeur meurt dans des conditions bizarres, semblables à celles du décès d'Humpty Dumpty, elle comprend qu'un lien étroit se tisse entre la réalité et le monde onirique. Que risque-t-elle si Alice est injustement accusée et exécutée ? Avec Imori, un autre étudiant partageant les souvenirs de ses aventures nocturnes, elle décide de mener l'enquête. Ils veulent découvrir quels êtres du Pays des Merveilles se cachent derrière les personnes qu'ils côtoient dans leur quotidien. Autour d'Ari, les cadavres s'accumulent dans des circonstances abracadabrantes et bientôt une véritable épidémie meurtrière fait rage au Pays des Merveilles.

Ari et Imori vont-ils résoudre l'énigme avec qu'Alice ne perde la tête, au sens propre ?


Lewis Carroll revisité avec brio


Le meurtre d'Alice est un hommage maitrisé à l’œuvre de Lewis Carroll. Non seulement l'auteur reprend les personnages et les codes de son univers, mais surtout, il réussit à retrouver le ton à la fois drôle, étrange et parfois déroutant de son style. La narration, principalement composée de dialogue, se révèle d'une grande finesse. La construction souffre, à mon avis, d'un petit travers de résolution très japonais (les amateurs de manga ou de drama de détectives reconnaitront la tendance à la mise en scène caricaturale). Cependant, si un passage m'a agacé, il s'avère rétrospectivement très malin. En effet, le récit enchâssé des deux mondes ne se contente pas d'une alternance simple et j'avoue avoir était surprise par les rebondissements.

Par goût, je n'aime pas les policiers minus les sempiternelle Agatha Christie poussiéreux de mon enfance, par pure nostalgie. Je n'aime pas non plus les récits d'horreurs (Lovecraft et compères exceptés). Le gore tend à me filer la nausée. Le meurtre d'Alice, flirte joyeusement avec ces deux genres tout en y ajoutant une dimension fantastique surréaliste. Si, le livre ne correspond donc pas à mes goûts, il est objectivement d'une grande qualité, tant pour l'histoire, sa narration et son style d'écriture, loufoque et concis. Son originalité indéniable dans le sujet et son traitement m'ont donné un autre regard sur la littérature japonaise.
Et puis, j'ai trouvé la fin brillante !

La traduction d'Alice Hureau, très fluide, est agrémentée de quelques notes de contextes précieuses et d'une post-face sur l'intertextualité pour qui connaitrait mal Lewis Carroll. La maison d'édition fait donc un travail indéniable pour rendre les subtilités du texte accessibles à un large public. Une démarche volontaire que je salue ! Outre les amoureux de polars et d'ovnis littéraires, tout ceux sensibles au surréalisme et la déliquescence des notions de réalité, qui aiment qu'un texte les déroutent, apprécieront l’exercice.

Le site de l'éditeur : 
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Dialogue floral [journal #7 bis]



Les mots que tu ne m'as pas laissé dire, je te les ai écrits.
La blessure, l'impuissance, la frustration, le renoncement aussi.
Sur papier, coucher les faits, les émotions.
Sur papier, proposer une solution d'ouverture, une possibilité, même pas une demande.

Sans froisser.
Sans rendre les coups.

Dans la pénombre et le silence, je suis sortie de toi. 
Trop tôt. Pressée par l’impérieux désir de vie. 
Un lien de chair et de sang. 
Invisible. Indéfectible.
Le temps, les actes, les paroles tissent d'autres liens.
J'en coupe certains.

Une nouvelle fois, je sors de toi, de ton jeu, de ta réalité.
Sans fracas, dans la lumière, en douceur.
Je sors du silence sans un son.
Concise. Précise.
Une lettre état des lieux, un constat et un choix. Mon impuissance, l'impossibilité de communiquer. Alors, je me retire de la scène. 
Je ne disparaît pas, je demeure en coulisse, au calme et à l'abri.

Une simple lettre.
Beaucoup plus de sel que d'encre.
L'expression d'un besoin vital : être entendu.
Un papier plié alourdi de craintes, d'espoirs.
Une main tendue effrayée d'être tranchée.

Je repense au jardin d'une autre mère, à ses fleurs paisibles confiant leur secret, dans le soleil d'une après-midi de printemps. Au têtards grouillants dans le bassin. Au vent.
La lettre, dans le ventre d'une boîte, suit son chemin. Sur mon bureau, la preuve de dépôt attend de retrouver l'accusé de réception.
Des émotions contraires en suspens, fines et fragiles.
Des pétales transparents. De la vapeur d'eau bientôt dissipée au passage de l'été.



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