2017, et hop !

Bonne année !


Voilà, elle est arrivée, neuve et pimpante, fraiche, avec un parfum d'inédit, de découverte ; après tout, elle ressemble dans sa virginité à toutes les autres, même à tout les fragments d'instants. Pour l’accueillir, je l'ai joué à la japonaise : ménage et tri à la maison, mais aussi dans ma tête.
Petit coup dans le rétroviseur sur les résolutions de l'an passé, par la lorgnette de l'accompli, et non de l'échec ; je suis plutôt satisfaite, d'autant que j'ai achevé 2016 sur une expo photo.

Pour 2017, je vous épargne ma liste des « résolutions ». Elles sont là, réelles, listées dans mon agenda lui aussi tout neuf, déjà décoré d'autocollants kerori et orné de post-it. J'ai aussi changé mon cahier de travail où je liste mes projets, leur avancée et les différentes idées. Je le trainais depuis des lustre et le temps est venu de repartir à zéro.

J'ai l'intuition qu'à ma porte, dans mon cœur, pour mes proches, 2017 sera une grande année. 2016 était déjà très chouette. Oui, les célébrités tombent comme des mouches, et de l'autre côté de la méditerranée, liberté et même vie s'évaporent.
Je n'ai pas de prise sur le monde, alors autant éviter qu'il en ait trop sur moi.

Je vous souhaite à tous une bonne année, avec mes souhaits sincères de joie et de santé. Après, c'est à vous qu'il incombe de cultiver votre jardin, même si je suis toujours ravie d'échanger graines et recettes !



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J'ai été modèle pour « Souvenirs de Paris » : la série photo de Chloé Vollmer-Lo !



Non, malgré mon physique de rêve et ma fraicheur, je ne vais pas entamer une carrière mondiale de batracien top-modèle. Par contre, pour la première fois, j'ai été prise en photo par une pro, Chloé Vollmer-Lo. Elle travaille sur une série intitulée Souvenirs de Paris où elle associe un lieu de la capitale à une personne qui a vécu ou ressenti quelque choses de fort, à un moment précis. Je partage avec vous cette expérience originale et intime.

Le premier janvier 2010


Je ne me rappelle plus du temps. L'almanach atteste qu'il faisait froid, gris. Pourtant, avec La Moustache, nous sommes parti en balade, main dans la main. C'est notre anniversaire, nous sommes en couple depuis onze ans. Nous déambulons dans Paris et nos pas nous amènent dans le quatrième, là où je vivais quand j'étais étudiante, quand nous nous sommes rencontrés. Nous passons derrières l’église Saint-Gervais, dans une petite allée pavée que j'affectionne. La rue des Barres.
Entre les immeubles se serre un petit square avec un cerisier du Japon que je viens admirer au printemps. Ce premier jour de l'année, la surprise est là, rose, incroyable ; dans ma main glacée, celle de Franck, chaude et vivante. Sous nos yeux ébahis, l'arbre, en fleur. En fleur un premier janvier !
Je n'en reviens pas.
Comme un miracle, un pied de nez de la végétation à la saison, à la ville. À la norme. À ce qu'on attend d'elle.
Je pense au Japon où je me suis rendue l'an passé pour la première fois et où je dois retourner encore, dans quelques mois pour un séjour plus long...
Il est vieux, ce cerisier au tronc noueux et aux branches tordus. Vieux et encore vert. Gracieux. Je regrette de ne pas avoir pris mon appareil photo pour capturer ce moment. Je le stocke dans mon cœur, précieusement.


Le 2 mars 2011


Je suis en vadrouille, seule, dans le centre de paris. Et me voilà, de nouveaux pas loin de la rue des Barres. Je fais le détour et il est toujours là. Moins en avance que l'an passé, mais toujours là. En fleur, encore une fois. Tout me revient. Le moment avec Franck, et le mois à Tokyo en été. L'impression d'immensité du monde, l'envie de découvrir, doucement, avec lenteur et précaution. L'envie de contempler jusqu'à user mes yeux, jusqu'à ce que les mots débordent, que les émotions se transforment en histoires, en poèmes. J'ai cette envie presque féroce de retourner au Japon, encore. Cette envie aussi de partager le voyage avec Franck, réticent sur le sujet.
Et puis, quelques jours plus tard, tout bascule, tout se fissure.

Les mois et les années s'écoulent. Les pavés toujours là. L'église et le monastère toujours là.
Comme un écho funeste, le vieux cerisier est abattu.

Le 8 juin 2016


Je rencontre Chloé pour la première fois en vrai. J'aime beaucoup son travail photographique. Sa sensibilité me parle, son regard m'intrigue, à la fois par sa proximité et sa différence. Je suis heureuse de prendre part à son nouveau projet artistique Souvenirs de Paris.
Je vis à Paris depuis plus de vingt ans. Nombreux sont les endroits rangés dans ma mémoires. Mais, quand je lui propose ma participation, je sais celui que je vais choisir. Une évidence. Cette année, un souhait s'est réalisé.
Un souhait que j'avais noué à un bambou, le 7 juillet 2010, au crépuscule, dans un temple à Tokyo, au Zenkoku-ji.
Retourner au Japon, et cette fois, être accompagnée de Franck.
Après le 11 mars, rien n'est plus pareil. Pourtant, avec le recul, ce souhait lui a perduré, intact dans la douleur et le désenchantement.

Le fantôme du cerisier me salue, une présence bienveillante dans mes souvenirs. Dans le square, aucune trace. Les émotions passent, furtives, pourtant, l'après est subtilement différent de l'avant. Petit à petit, invisibles, elles nous modèlent, s’imprègnent dans les lieux et j'aime à croire qu'elles les teintent doucement de nos espoirs et de nos rêves.


Je vous invite à regarder Paris sous l'angle de la mémoire d'inconnu, d'un moment capturé par l’œil vif de Chloé : http://chloevollmerlo.net/photo/perso/souvenirs-de-paris/
Je vous conseille aussi vivement de regarder le reste de travail perso :

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Nouvelle exposition pour la Grenouille : venez nombreux !

 


Du 19 décembre au 7 janvier je participe à une exposition collective Un seul grain de riz  à la Galerie Metanoïa, à Paris, sur le thème "Ange". Si vous passez par là, vous pourrez voir une série composée d'une photo et trois collages photo réalisée pour l'occasion.


Démarche artistique


Le mot "ange" vient du grec àggelos (ἄγγελος) qui signifie messager, un intermédiaire entre les hommes et le divin ou le spirituel. J'ai choisi de traiter cette contrainte thématique en partant de cet angle étymologique.

Mon approche consiste à s'interroger sur la nature possible à la fois du message et du messager : transcendance spirituelle, incarnation inscrite dans nos gènes comme une sorte de mémoire collective propre à l'Humain, une provenance encore plus mystérieuse et lointaine... Après tout, nos connaissances de la complexité de l'univers restent parcellaires et laissent la place aux spéculations les plus folles.

Mon caractère indépendant et ma soif de liberté s’accommodent mal d'un système de représentation du monde avec la foi ou la croyance comme seul fondement. Si je suis ouverte à l'inconnu, à l'ombre, à ce qui échappe au tangible illusoire et restreint de nos perceptions, je reste allergique à toute tentative de suivre une doctrine. Surtout quand d'autres humains s'arrogent le droit de juger de la bonne obéissance de la-dite doctrine.

J'ai donc délaissé le divin et la signification religieuse de l'ange pour une approche plus pragmatique, sans exclure une part d'inconnu. Je considère l'ange comme un trait d'union, un pointillé chargé d'un propos qui parfois nous échappe car codé ou brouillé, entre notre conscient et notre inconscient. Savoir l'écouter nous donne accès à une part souterraine et bouillonnante de notre être, une part de notre être capable elle-même, de saisir d'autre messages, encore moins accessibles, encore plus cryptiques, dont on ignore l'origine.




Mon travail ne porte pas tant sur la source du message - une part de nous même qui existe même si on la nie - que sur notre capacité à l'écouter, l'apprivoiser, le comprendre parfois, l’interpréter si nécessaire et surtout, à l'exprimer. Le messager se nomme alors intuition, inspiration. 
J'ai souhaité représenter des instantanés de l'évolution d'un sujet qui passe de la surdité à l'apprentissage de l'écoute, du décryptage et enfin à la compréhension du message. Le temps, dans la série, est volontairement suspendu, comme la fulgurance d'une révélation qui se niche entre les secondes. De l'extérieur, rien n'a changé. Le sujet est le même. De l'intérieur, sa perception de soi et du monde est ébranlée.

Pour représenter le paradoxe du message, à la fois simple et complexe, j'ai travaillé à la fois avec des couleurs froides et chaudes, des éléments figuratifs linéaires très nets et des éléments plus abstraits, flous. Les fragments de photo avec des branches m'évoquent une calligraphie d'un alphabet étrange.
Pour le dernier collage, la juxtaposition de bandes d'ambiance très différentes - urbaines et sauvages - traduit une harmonie momentanée, lorsque le message est reçu.



 

La tambouille de la grenouille


Je travaille à partir de tirages de mes photos que je sélectionne surtout en fonction des ambiances de couleurs et lumières plus que du sujet. En fonction de ce que je veux exprimer, j'affine encore ma sélection et me limite volontairement à un nombre restreint de clichés. 

L'acte - découpage, agencement, collage - par sa tangibilité me renvoie au moment exact de la prise de vue, son instantanéité et surtout son impossibilité à être reproduite. Si une photo numérique peut être tirée à l'infini, le moment où elle est prise, tout comme le collage, est unique, terminé. L'acte du collage contient une mort, une finalité. Ce qui j'exprime avec les collages est différent, peut-être pour moi, plus concret, que ce que je peux exprimer avec la photo. Pour cette série, j'ai mêlé photo et collage photo car justement, j'avais besoin de ces deux médiums pour réussir à transmettre le changement et une certaine nécessité.




Liste des œuvres présentées :
               
Silence - photographie, tirage sur papier lustré
Ouverture - collage de tirages photographiques
Dissonance - collage de tirages photographiques
Accord - collage de tirages photographiques

Travail réalisé en septembre 2016
Format avec cadre inclus : 15 x 20 cm
Tarif : 150 euro, encadré
Contact à la galerie : marc.higonnet@galerie-metanoia.fr

Le vernissage aura lieu le mercredi 21 décembre à 18h à la galerie Métanoïa : 56 rue Quincampoix, Paris


 
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La fourmi [Poème]

Petit poème pour suivre le défi d'Agnes Domergue, lancé sur son blog
Les règles :
- Écrire un souvenir avec un insecte de votre choix
- Que vous évoque le mot murmurer ?
- Utiliser La brise fraîche 



Elles préparent la conquête...
Cimes des parasols ajourés,
Je flâne, ivre d'été
Jaunie, tassée, douceur de l'aiguille émoussée
Tapis moelleux sous mes pied nus

Elles préparent la conquête...
Parfum d'eucalyptus
Son bouquet de plumes bleuté
Tombé du ciel, vire à l'ambre
Feuilles cassantes sous mes pieds nus

Elles préparent la conquête...
Myrte entêtante dans le maquis
De part et d'autre du sentier
Fleur d'or et d'artifice
Sables brûlants sous la plante

Devant, lointain, embruns et brise fraiche
Le chant de la mer et ses promesses
Hâter le pas vers la dune

Elles lancent l'offensive...
De leur tertre, elles jaillissent
Sur les aiguilles, se pressent
Entre les feuilles, se glissent
Aïe !
Au bout de mon gros orteil
La fourmi noire
À capturer une proie
Bien trop grosse pour son estomac !


Pour la petite histoire, il y a des années, gamine, en vacance en Corse, je me suis fait "mordre" à sang par une grosse fourmis noire. La demoiselle, pas du tout dérangée par mes gesticulations a refusé de lâcher mon gros orteil, à priori très gouteux. J'ai dû l'enlever à la main (sans la tuer, parce que j'aimais bien les fourmis jusqu'à ce jour). 
Je me suis toujours dit qu'elle avait probablement crâner au près de ses copine.


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Enjoy the silence


Je manie les mots.
Je communique, dialogue, me dispute parfois, surtout je m'exprime avec les mots. Dans ma tête, ils se tamponnent en un joyeux chaos.
J'aime les mots.
J'aime vérifier encore et toujours les définitions, apprendre l’étymologie, découvrir de nouveaux termes comme autant de possibilités de jeux. Autant d'enrichissements de mon vocabulaire et de mon expression.
Autant d'outils pour aller vers soi et vers l'autre.

Souvent, nous parlons la même langue mais pas le même langage.
Souvent, les mots sont teintés du sens subjectif que nous leur donnons. De nos souvenirs, de notre ignorance, de nos erreurs.

J'aime les mots et pourtant, malgré toute leur diversité, leur précision, parfois, le mot se transforment en simples sons.

Des sons brouillés. Des sons flous, mélangés. Des sons dissonants. Des sons fatigants. Des sons traîtres, des sons mensongers.
Des sons porteurs d'émotions qui font mal. D'émotions qui ne nous appartiennent pas.




J'aime les mots.
Parfois, pourtant leurs sons m'échappent. 
Leur sons me blessent.
Je les laisse.
Je me laisser aller.
Aller au silence bleu, au vide tranquille.
Au regard.




Debout, au bord du bassin d'Honfleur,
 au crépuscule.
Tout se joue sur la surface mouvante 
d'un miroir contenu.
Les marques de l'automne. 
La servitude des bateaux amarrés.
Le dernier voyage 
d'une pâquerette esseulée.
La vie qui réside et résiste, 
surtout où personne ne l'attend.








Toutes les photos ont été prises fin octobre à Honfleur. Le titre de cet article est une référence à la chanson éponyme de Depeche Mode.


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Agitation automnale





Aujourd'hui, j'ai envie de vous causer un peu de mon entrée fracassante dans l'automne.

Les plans sur la comète


Novembre est La période synonyme d'écriture dans mon agenda. Je participe pour la cinquième année consécutive au défi un peu fou du Nanowrimo qui consiste à écrire un texte de 50 000 mots en un mois. J'avais prévu, l'an dernier, d'utiliser mon mois d'octobre pour préparer la trame d'un nouveau projet. 2016 allait être un Nanowrimo neuf, un vrai, avec un début et peut-être une fin. J'allais suivre les conseils lumineux de Chris Baty, le fondateur du Nano : planifier à l'avance mais pas trop. Enfin, je retournerai au genre SF, à un texte moins introspectif, moins lourd, histoire de m'aérer un peu du pavé sur lequel je planche depuis des années, Écharpe d'Iris
Le tome 2 avance péniblement, quand au premier, achevé depuis plus d'un an, je ne l'ai toujours pas soumis à une éditeur... (mais j'ai une vraie raison). Heureusement, ce Nano serait une bouffée d'oxygène !

La fin des illusions


Sauf que...
 En octobre, je me suis embarquée dans un autre machin : inktober (produire un dessin à l'encre par jour durant un mois). Forcément, quand on n'a pas dessiné depuis 20 ans et qu'on a jamais réussi à atteindre la cheville de son ambition personnelle, l'affaire prend du temps et de l'énergie. D'autant que j'ai adapté le concept pour y joindre du texte et le transformer en un travail introspectif.
Donc toutes mes intentions louables pour bien attaquer mon Nanowrimo 2016 se sont envolées, oubliées face au couleurs chatoyantes de mes feutres et de mes stylos à paillettes, accessoires indispensables ! Ajouté à cela une escapade en Normandie pour fêter dignement mon anniversaire et je me retrouve, début novembre, déjà en retard pour attaquer le Nano.

Cependant, j'ai la grande satisfaction d'avoir tenu le cap du inktober, avec quelques dérapages mineurs. Dans mon cahier, 31 gribouillages font face à 31 pages de textes. 




 

L'important, c'est la constance !



J'ai commencé à écrire dans un joli carnet en septembre. Je tente en vain l’exercice du pseudo journal intime depuis deux ans dans un agenda, et je n'arrive pas à m'imposer cette discipline, même hebdomadaire. Forte de l'échec, j'ai donc opté pour un truc plus adapté à mon caractère fantaisiste : un "anti-bujo" ! Le bujo (bullet journal) cristallise toute l’organisation que je rêverais d'avoir et que je totalement incapable de suivre. Chapeau aux copines qui s'y tiennent !
Dans mon cahier "anti-bujo" pas de date, pas de règle. Juste l'inspiration lâchée en liberté, un joyeux bordel créatif avec comme dénominateur commun mes états d'âmes, mes impressions, sans trop de repères factuels.

Inktober, dans sa forme assez souple et sa durée limité, fut un exercice très plaisant. Je suis fière du résultat, et j'avoue assez surprise. Mon cahier s'est bien rempli et j'ai envie de poursuivre l'aventure, au fil de mes envies.


Mais, maintenant, assez procrastiné !
Il ne me reste qu'à attaquer le marathon du Nanowrimo avec motivation. Vos encouragements et surtout coup de pied au fesses sont les bienvenus.




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Olivier Adam, le cœur régulier : le séisme de vivre



Ce roman intérieur nous transporte dans le quotidien d'une femme, Sarah, dévastée par le décès de son frère et qui va peut à peut se repositionner dans son existence, comme on revit après qu'un séisme ou un tsunami aient balayé nos certitudes et nos habitudes. Un livre poignant.

Le deuil comme seconde chance pour vivre


Pour Sarah, l'accident de voiture de son frère est un suicide. Il s'est mis son dans un platane. Volontairement. Parce que Nathan, son frère, si proche, si aimé, si cassé, n'a pas pu mourir ainsi, bêtement. Parce qu'il voulait mourir depuis longtemps. Elle est en certaine, même si, depuis plusieurs années, leur relation c'était distendue. Dans la vie lisse de Sarah, avec ses deux enfants, son mari parfait, son travail productif, il n'y avait plus la place pour un être aussi écorché vif et volatil. Alors, elle s'était détourné ; mais, face au deuil, tout se fissure. 

Alors Sarah part au Japon, là où Nathan a vécu quelque temps. Elle part dans un endroit à la célébrité funeste : les falaises des suicidés. Sarah ne sait pas ce qu'elle cherche, retrouver la proximité, le lien avec son frère défunt ? Comprendre sa mort ? Elle part à la rencontre des habitants et surtout, de Natsume, un ancien flic qui arpente le bord de mer, à l'affut de ceux qui voudraient se lancer dans la vide, pour les sauver d'eux-même.
Là bas, au Japon, dans ce bout de paysage brouillé par les embruns, teinté par le désespoir de ceux qui ne veulent plus vivre, Sarah renoue avec elle-même, et petit à petit, ouvre les yeux sur la réalité de son existence.

Maestria littéraire


Le cœur régulier est d'une grande qualité littéraire : un style d'écriture affirmé, particulier, très poétique, à la fois riche en vocabulaire, précise et très fluide. Sa construction narrative faussement linéaire avec une alternance de flash-back précis emporte le lecteur dans la vie de Sarah, lui impose sa réalité des choses, la violence de son deuil mais surtout, le contre-coup, encore plus étourdissant. Peu à peu, Olivier Adam arrive à tordre notre perception, nous donner le regard de Sarah comme "vrai" avant de nouveau de le rendre flou, lointain, pour mieux réajuster la vision d'un réel avec un tumulte d'émotions contradictoires. Ce livre raconte des vies, des relations familiales, la difficulté de s'aimer soi-même et les autres sans masques. Le cœur régulier raconte aussi une retraite, loin des siens, loin des cadres et codes sociaux, loin de toutes les obligations qui tiennent nos vies. L'absence des repères et la bienveillance des rencontres vont permettre à Sarah de se mettre aussi à nue, d'abaisser les protections qu'elle a érigé depuis son enfance, des protections devenues prisons.

Il n'y aucune facilité, aucune mièvrerie et surtout aucune complaisance dans ce roman. Quand les masques tombent, quand les illusions et les projections éclatent, que le réel qu'on pensait solide se fissure pour révéler une autre réalité, nue, objective, beaucoup plus complexe et nuancée, on peine, on souffre dans sa lecture. Ce roman m'a bouleversée. À la fois par son fond, une histoire terrible, magnifique et étonnement, libératrice et porteuse d'espoir, mais aussi par la forme : son écriture, son construction judicieuse, la maestria avec lequel le Japon est traité, l'évolution de la narratrice, son humanité.

Une amie m'a prête ce livre. Elle l'a conseillé, sincère en précisant que ce qu'elle sentait de moi et de ma façon d'écrire lui paraissait correspondre à ce livre-ci. Je voulais livre Olivier Adams depuis des mois. Il fait parti de ces auteurs français contemporains qu'un apprenti-écrivain inspiré de Japon se doit de connaître. Et puis, il a séjourné à la villa Kujoyama, comme Eric Faye (Malgré Fukushima) ou Bertrand B Reverdy (Les évaporé, un roman japonais). J'ai refermé le livre, bouleversée, secouée par un séisme intérieur. J'ai songé qu'il me reste à lire tout ses autres romans, que j'ai des amies drôlement finaudes. Maintenant, il va falloir bosser dur pour que mon écriture soit aussi percutante que la sienne !

Le personnage de Natsume, qui cherche à sauver les candidats au suicide, est inspiré de Yukio Shige :

Un autre article (qui parle aussi de l'adaptation cinématographique) : 
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