L'ordre d'Avalon : Polar manga au Mont Saint-Michel



Je ne vais pas à la plage : le sable gratte et le soleil me crame. Pourtant, voici une lecture parfaite pour l'été, légère, policière, et qui propose en prime, un voyage au Mont Saint-Michel !

Da Vinci Code au Mont St Michel

Nicolas Quintin, écrivain historien, en séance de dédicace au Mont Saint-Michel, attend en vain son collaborateur, Ryo Tachibana, un archéologue médiatique. Hélas, le corps de se dernier est retrouvé dans une salle de l’abbaye, assassiné. Clotilde Dumont, lieutenante de police au caractère bien trempé, s'immisce dans l’enquête par amitié pour Nicolas et le défunt Ryo. Ce crime se déroule juste avant les élections régionales alors que la tension entre les politiques et notables locaux est à son comble. Or, Ryo s'était lié avec la représentante locale d'un parti écologique. Dumont et Quinquin tentent de démêler l'imbroglio où d'étranges indices donnent à leur enquête une orientation très mystérieuse. Pourquoi sur le cadavre de Ryo a-t-on retrouver un pendentif celtique ? Qu'avait donc découvert l'archéologue pour se faire tuer ?




French touch : pari réussi !


Manga de commande fait en partenariat entre les éditions Glénat et le Centre des monuments nationaux afin de promouvoir le Mont Saint Michel, je m'attendais à une lecture au mieux insipide au pire indigeste ; et le résultat m'a surpris par sa qualité ! L'ordre d'Avalon est un sympathique one-shot, efficace et distrayante.
Les dessins sont réalisés par Morgil, dont j'adore le travail, et qui a pour l'occasion épuré son trait, même si son style très marqué reste reconnaissable. Les décors, très réalistes, offrent une visite étonnante du mont et de ses alentours. Si vous connaissez les lieux, vous n'aurez aucun mal à vous situer dans l'abbaye. 



L'histoire de Izu (Guillaume Dorison) est bien ficelée. Malgré un parti-pris de départ assez capillotracté, on se laisse séduire. Les dialogues percutants, teintés d'un humour intelligents, entrainent rapidement le lecteur dans l'intrigue. Le résultat donne un manga à la française, de bonne facture. Le scénariste réussit à injecter à la fois de la profondeur et une pointe de critique sociale à une histoire assez stéréotypée.
Je regrette quand même le choix du sens de lecture japonais, probablement imposé. Il me parait sacrément aberrant pour une dessinatrice de culture visuelle occidentale qui n'a pas été nourrie exclusivement au manga. Sa première BD Entre Chien et Loup était d'un format classique et elle travaille actuellement sur un excellent comics d'inspiration nordique, Le Dévoreur de Temps.
 
Le résultat est un manga fun, avec un bon suspens et agrémenté d'un supplément passionnant sur l'histoire du mont, signé l'érudit Alex Nikolavitch (dont je vous conseille la lecture hilarante de son blog War Zone). J'ai de nouveau envie de retourner au mont Saint-Michel

Voyage en photos et mots au  Saint-Michel  :
- http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/2013/04/le-mont-saint-michel-de-pierre-de-metal.html
- http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/2013/04/le-mont-saint-michel-libre-ou-reclu.html

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Quand les cimetières débordent...


Est-ce que la tristesse est la connerie sont soluble dans l'état d'urgence ?
Est-ce qu'à côtoyer le faste, le luxe, la débauche de consommation quand on a pour seul valeur une foi aveugle justifie les massacres?
Est-ce qu'un jour la violence s'épuise ?

L'histoire et l'actualité nous enseignent qu'il n'y a ni limite ni frein à la cruauté humaine surtout quand elle a une justification d'ordre moral ou religieux. On peut tout se permettre, même l'abjecte. Finalement, au nom d'un dieu ou de l'argent, on commet les mêmes horreurs, les mêmes destructions, les mêmes saccages. La seule différence, c'est qu'au nom d'un dieu, en général, le carnage est moins subtil et ne s'abrite pas derrière les voiles malmenées d'une justice instrumentalisée.

Je suis fatiguée. Lasse de trop.
Trop d'émotions et trop d'impuissance. 
Juste trop.

Y'a un moment, les cimetières débordent. Les crématorium s'encrassent. La terre ne veut plus de nos cadavres d'enfants. Je marche dans l'ombre, avec mes souliers rouges, épuisée de ce trop. Sonnée de ces pertes, de cette incompréhension.
Pourtant, devant moi, dans les graviers, des taches de lumières dorée continuent de danser.





Photo prise au cimetière du Chateau de Nice en mai 2016
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Les 10 fanzines de dessins à ne pas louper à Japan Expo !



Il est souvent reproché à Japan Expo d'être un super marché où on paye l'entrée et où les boutiques qui vendent du contenu pirate ont pignons sur rue. J'ai moi-même dénoncer le problème lors de mes comptes rendus des années passées. Pourtant, résumer l'évènement à ce triste fait occulte son incroyable richesse créative. En effet, Japan Expo rassemble des centaines d'artistes de France mais aussi d'Europe, qui viennent présenter leur travaux.


Petit préambule


Voici une sélection personnelle des stands d'artistes (illustrateurs et dessinateurs) qui sont pour moi incontournable et méritent même d'aller à Japan Expo juste pour les rencontrer. Mon choix se fonde sur :
- une qualité graphique professionnelle
- un style personnel affirmé (même si parfois encore empreint de l'influence de l'école d'art où ils étudient, pour les plus jeune)
- un soin apporter à la fabrication des objets (reproduction, fanzine, badge...) avec la encore des visées professionnelles.
Ensuite, mes autres critères sont eux totalement subjectifs et assumés : des thèmes qui me parlent et correspondent à mes gouts (donc rien d'humoriste ou de parodique) et un style graphique souvent éloigné des codes du manga commercial de type shôjo et shonen. Après, il y a aussi la dimension humaine qui rentre en compte. Outre le talent, j'apprécie aussi certains artistes pour ce qu'il sont, en plus de leur capacité à manier crayon, feutre et pinceaux avec technique et talent.


Deux collectifs où le talent n'attend pas le nombre des année

Nombreux sont les nouveaux fanzines collectifs qui apparaissent, survivent quelques numéros avant de s'évanouir dans la nature. J'ai découvert il y a quelques années deux titres qui m'ont particulièrement séduits par la maturité de leur graphisme, leur originalité mais aussi l'alchimie particulière du groupe, une association des artistes aux univers qui se répondent sans se confondre.

1 Nocturne E209 H5
Le collectif, créé par Estelle Hocquet, une jeune étudiante des Gobelins aussi talentueuse que motivée, regroupe plusieurs artistes qui proposent BD, sketchbooks, quelques goodies et aussi dessins originaux. Tout les projets sont personnels et les quelques fan-arts sont des interprétations d'inspirations où la sensibilité et le style de l'auteur insuffle une autre vie à l’œuvre d'autrui.

Estelle Hocquet (Mariposa Nocturna) : http://mariposa-nocturna.tumblr.com
Cette année, des nouvelles têtes rejoignent l'équipe :




2 Matryoshka N692 H6
Collectif de trois jeunes femmes bourrées de talent et d'une grande sensibilité graphique, elles signent des artbooks à couper le souffle. Je suis particulièrement touchée par le travail de Elk, aux aquarelles très lâchées et aux traits presque sauvages. Sur le stand, vous trouverez des fanzines d'illustration et probablement des originaux.


 

 Les fées du fantastiques


Pour beaucoup, Japan Expo rime à avec kimono. Pourtant, certains artistes présents ont surtout comme dénominateur commun le fantastique, qui brouille les frontières et se fiche pas mal des notions d'orient et d'occident.

3 Chane E211 H5
Chane fait partie de cette génération où les sources d'inspirations multiples rejaillissent dans une œuvre qui rentre mal dans une case aussi étriquée que « convention manga ». Après Angkor , son second livre Eluvitie nous dépayse sans nous faire voyager bien loin, puisqu'elle puise dans les paysages bucoliques et les mythes de la Suisse. Une BD auto-éditée dont la qualité équivaut largement celle des livres sortis dans le circuit conventionnel. Pour tout les amoureux de fantastique, de dessins généreux et tendres.



4 Laurence Péguy D203 H5
Longtemps inspirée par la saga Harry Potter, puis les vampire et l'univers gothique et flamboyant de Tim Burton, Laurence Péguy propose des livres là aussi d'une qualité pro. Fantastique, steam-punk, ses influences multiples nourrissent un univers graphique riche et cohérent. Elle réalise aussi sur son stand des portaits « burtonnien » de grande qualité qui font la pige au caricature SD souvent bâclées que certains n'hésitent pas à proposé à bas prix !

Laurence Péguy

 

Les fanzine à poils, exclusivement masculins

Oui, il y a à Japan Expo, beaucoup de fanzine yaoi (manga mettant en scène des personnages homosexuels avec la particularité qu'ils sont stéréotypés et souvent très efféminé et d'ailleurs, à destination d'un public au départ féminin). Il y a aussi des vrais fanzine gay aux histoires matures et assumées. Le lectorat est d'ailleurs sensiblement différent ! La cause LGBT étant chère à mes yeux, impossible de ne pas parler ici des deux incontournables du salon :

5 The Gardener (E 201, hall 5)
Un webcomics (disponible aussi en anglais) romantique mais pas gnangnan qui connait une version papier. Dessiné et scénarisé par Marc G, un pilier du fanzinat connu pour la série très fleur bleue « Rêve de lumière ». The gardener nous raconte, comme son titre l'indique, le quotidien d'un jardinier qui travaille pour un jeune homme aussi riche que naïf. Drôle et attachant.
Attention, The Gardener est invité sur le stand de Mxm Bookmark et Marc sera présent uniquement le week-end




6 Dokkun (M682 H6)
Là, nous changeons de catégorie. Bienvenu aux bears (ours). Il s'agit d'un fanzine qui assume totalement son propos gay, fier et surtout surtout poilu. Le contenu est interdit au mineur. Nous sommes aux antipodes des minets androgynes du yaoi traditionnel. Les BD proposée dans Dokkun évoluent plus dans la digne lignée d'un Tom of Finland. Le fanzine est traduit en anglais, en italien, en japonais et en coréen. 
Plusieurs artistes récurrents s'expriment dans ses pages (attention, interdit aux mineurs) :
- Fabrissou : fabrissou.tumblr.com


 

 

Les incroyables inclassable


7 Kokoro, le fanzine carritatif (C215 H5)

Kokoro (cœur, en japonais) est un fanzine qui a comme objectif, à chaque numéro, de lever des fond pour une associations caritative préalablement choisie. Cette année, il s'agit de « Maison Chance ». Les dessinateurs participants sont bénévoles, tous de grands talents (souvent des professionnels du milieu de l'édition ou de l'animation). Ils travaillent sur un thème en relation avec l’engament du bénéficiaire. Kokoro met la passion du fanzinat au service d'autrui et donne de la profondeur, du lien solidaire et du sens à un milieu souvent pourri par la soif de reconnaissance personnelle ou la cupidité. Une magnifique initiative servie par une équipe très pro, très sympathique. Le résultat finale est toujours un superbe recueil qui permet, outre la bonne action, de découvrir des artistes.





8 Jon Lankry (C215 H5)
Dessinateur au style reconnaissable comme un coup de poing en pleine tronche, vif et marquant, Jon Lankry sera présent sur le stand du fanzine Kororo (sauf le samedi). Garçon timide au talent incroyable, il signe « Zombi » la BD dont vous être le héros, ainsi que plusieurs recueil d'illustration inspirée de multiples univers. Il fait parti de ces personnes que j'ai le grand plaisir de retrouver à chaque convention. Cette fois, il propose un 48 pages couleurs de format A4.

Jon Lankry



9 Mageek (N672 H)

Attention, je vous parle d'un fanzine façon... magazine famine. Yep. Avec de la mode dedans. Yep. Et il est bon. Vraiment bon. Articles fun, intelligents, maniant avec finesse le second degrés sans basculer dans le potache ou la facilité. Mageek tient d'ailleurs plus du pro-zine avec une qualité de rédaction et de fabrication largement supérieur à certains titres vendus en kiosque. Il fonctionne avec des thèmes (j'ai lu et aimé le numéro 2 sur Docteur Who sans avoir vu un seul épisode de la série). Un hors série spécial Japon et Corée est disponible sur le salon.


 

10 Moemai, du manga à la française D201 H5


Aucun des fanzine précédents n'étaient dans la veine de ce qu'on s'attend à voir dans une convention manga, je vous en présente donc une artiste qui évolue avec talent dans ce milieu. Moemai, illustratrice et coloriste, a sorti de nombreux fanzines mais aussi des BD façon « french manga ». Son trait délicat reprend les codes graphiques du Japon où elle a séjourné, sans tomber dans la copie maladroite et facile. J'apprécie particulièrement la finesse de son travail, l'originalité de ses traitements et la grande sensualité de ses dessins.

Moemai


Et les autres ?


Comme je suis une grande malade, j'ai épluché toute la liste des exposants (plusieurs centaines) et regardé les sites lorsqu'ils étaient indiqués. Une journée a été nécessaire à cet exercice un tantinet fatiguant. Voici un liste des fanzines et artistes que je ne connais pas ou mal mais qui me paraissent mériter une visite. Certains sont très bon mais ne correspondent pas à ce que j'apprécie, cependant, je reconnais leur qualité !


Anna Karen N677 H6
Brown Rabbit B216 H5
Dragibuz P653 6 (style graphique très Disney, un des meilleurs du genre)
Dzaka B210 H5
Fanélia E 203 H5 (Fantastique proche de Chane, plus léché, très bon)
Hiraeth C 204 H5
Orpheelin C210 H5 (BD Fantastique, ligne claire, parfaitement maitrisé)
Niddheg D216 H5
Occuria Trigger S681 H6Lorigami R687 H6
Pulsart studio B195 H5
Sea Turtle M699 H6
Senri E213 H5
Tpui M676 H6
Yumyum studio D210 H5 (Fanart SD, le pionnier dans le domaine, existe depuis 15 ans!)

En conclusion


Du côté amateur, Japan expo regorge aussi de fanzines d'écriture, de stand de bijoux et d'accessoires faits par des petits créateurs. Si certains se contentent d'assembler des breloques made in china, d'autres les fabriquent de A à Z, avec leurs petits doigts de fées. Je n'ai ni la motivation ni les compétences pour vous parler des perles qui se cachent dans ces domaines-là. Mais je peux vous garantir qu'elles existent et méritent vraiment de prendre au moins plusieurs heures pour arpenter les allées à la fois de l'espace « jeune créateurs » du hall 5 mais aussi de l'espace dans le Hall 6 dédié aux fanzines. Trop de visiteurs l'évitent, sachant qu'il est le repère des boutiques à conneries contre-faites. 
Vous passez aussi à côté d'un des trésors du salon : ces passionnées, artistes en herbes, volontaires motivés qui font que depuis des années, les conventions manga restent un lieu d'échange, fun, léger mais aussi un vrai bouillon de créativité. C'est dans les allées de Japan Expo, sur les stands amateurs qu'on trouve les graines de la BD de demain, qui permettront à des milliers de lecteurs de rêver, de voyager, d'être émus.
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Estampe Japonaise : découvrir ses secrets de fabrication à Japan Expo !



La Japan Expo, l'évènement à ne pas rater pour tous les curieux de cette culture, se tiendra la semaine prochaine du 7 au 10 juillet 2016. A cette occasion, vous pourrez découvrir comment se réalise une estampe de façon simple et concrète. Un amateur éclairé, Fred Miane, fera des démonstrations sur le stand de l'association Pigments et arts du monde (U200, Hall 5 A) qui promeut les arts et les technique picturales asiatiques traditionnelles tels que le nihonga, etegami...


Petite définition de l'estampe


L'estampe est une image imprimée par xylographie : résultant d'un travail de gravure sur bois. Le mode reproduction laisse la place au hasard et ne permet pas une duplication parfaite de l'image, ce qui en fait sa richesse et son charme. Deux estampes ne sont jamais totalement identiques.

Une estampe c'est :
- une image qu'on veut reproduire
- plusieurs plaques (matrices) en bois tendre (cerisier ou catalpa), qui seront gravées en fonction de l'image de départ
- de l'encre qui sera appliquée (une couleur par matrice)
- une impression sur papier successive de chaque matrice en prenant garde de bien caler la feuille.

Les outils pour graver, en provenance du Japon
 
Les encres pour l'impression


C'est en regardant travailler le graveur que j'ai saisi toute la technicité mais aussi le savoir-faire et l'intuition artistique nécessaire à transformer un dessin ou une photographie en estampe. Au départ, il y a une image qui va être reproduite. Fred n'est ni peintre, ni dessinateur. Il travaille donc à partir de l’œuvre d'autrui. Il se qualifie plus d’artisan qu'artiste. Pourtant, ses choix ont une influence capitale sur ce qui va devenir un nouvelle interprétation de l'image originale.
En effet, le graveur détermine plusieurs choses cruciales : d'abord le nombre de couleurs qui détermine le nombre de plaque qu'il va graver, quel contour va-t-il tracer, leur épaisseur... Le graveur propose ainsi sa vision de l'image, en fonction de sa sensibilité et de son talent.

La naissance d'une estampe

L'année passée, sur les quatre jours de Japan Expo, j'ai pu voir des estampes être créées de A à Z. Une expérience enrichissante ! D'abord, la peintre Valérie Eguchi a dessiné plusieurs etegami, comme base. Ensuite, Fred a commencé son travail de gravure. Cela nécessite à la fois de la force physique, de la minutie ainsi que beaucoup de patience car il faut plusieurs heures pour évider les plaques et ne laisser en relief que la partie qui sera imprimée sur le papier. En cas d'erreur ou de geste malheureux, tout est refaire. À la force du poignet, petit à petit, j'ai vu apparaître en relief des courbes et un motif souvent difficile à rattacher avec l'image de départ. Seule la planche de trait, qui sert au contours du sujet, est aisée à reconnaître.


Le graveur à l’œuvre


Minutie et rigueur !


La plaque de trait encrée

Résultat de l'impression


Une fois les plaques de bois prêtes, Fred passe à l'impression. Il enduit de couleur avant d'appuyer fortement la matrice sur le papier, en s'aidant d'une espèce de gros tampon, le baren (mot japonais). Il permet que le transfert de couleur soit le plus homogène possible. La encore, il faut une certaine force ! J'ai tenté l’exercice et avec mes muscles de grenouille, le résultat fut assez pitoyable !



Fred Miane encre et imprime la planche de trait


Si vous aussi, vous souhaitez assister "en vrai" à la naissance d'une estampe, venez donc sur le stand U200, Hall 5, à Japan Expo. Plusieurs démonstrations d'estampe auront lieu durant le salon. Vous verrez aussi les outils nécessaires à la gravure et à l'impression.
J'avais déjà, lors d'exposition au Musée Guimet ou à la MCJP, vu des documentaires ou même des matrices. Cependant, assister au spectacle du graveur qui taille et cisèle le bois à la main avec ses outils puis imprimer ensuite sur papier le résultat de son labeur, est une expérience inoubliable. On prend alors la mesure de l'effort, de sa dimension physique, de son énergie et de sa concentration. On porte un regard différent sur l’œuvre finale, qui devient plus qu'une simple reproduction. Si l'estampe vous intéresse, je vous encourage vraiment à passer !

Le résultat final !


Un très bon article qui détaille la fabrication de l'estampe japonaise :
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Call Boy de Ishida Ira, une lecture qui bouscule



Ryo, 20 ans, traverse les jours sans que rien ne l'atteigne vraiment, depuis le deuil de sa mère alors qu'il était encore enfant. Son quotidien se trouve chamboulé par la rencontre avec madame Midoh, une femme élégante et mystérieuse qui va lui proposer un emploi inattendu : prostitué de luxe.


Prostitué par hasard, ou presque


Call Boy (éditions Philippe Picquier) s'ouvre le cauchemar récurrent de Ryo. Il revit encore la dernière fois où enfant, il a parlé avec sa mère. Cette dernière matinée, avant qu'elle ne disparaisse à jamais. Ryo est censé être étudiant, il sèche surtout les cours avec assiduité. Rien ne l'intéresse vraiment, ni son travail de barman, ni son avenir, ni ses amis avec qui il entretient un rapport distant, ni même les filles. Il évolue avec une zone de tampon entre lui et le monde, lui et les autres. Un jour, par le truchement de Shinya, un copain escort-boy dans le quartier chaud de Shinjuku, il rencontre une femme nettement plus âgée que lui, madame Midoh.
Cette dernière le recrute pour un travail très lucratif et totalement illégal : call-boy, prostitué de luxe. L’attirance de Ryo pour les femmes mûres le motive à tenter l'expérience. Même s'il a besoin d'argent pour payer l'université où il ne va jamais, il semble mue plus par une espèce de curiosité blasée que par vénalité. Le sexe l'ennuie mais cette femme pique son intérêt. Le voilà bientôt évoluer dans ce monde aux codes étranges où il sert de son corps des femmes de tout âge, mariées ou célibataires, et les aide à assouvir leurs fantasmes souvent réprimés. Pas matérialiste pour un sous, Ryo n'a que faire de l'argent. D'ailleurs il continue de travailler au bar et de ne pas assister à cours. Il tait sa nouvelle activité à Shinya et Megumi, une camarade lui donne scrupuleusement ses notes.
Sous cette apparente indolence, Ryo s'éveille littéralement avec la prostitution. Madame Midoh, glaciale et inaccessible a su déceler en ce jeune homme le charme sous les atours de normalité. Une autre vie commence pour Ryo, avec de nouvelles perceptives et de nouvelles personnes : Sakura la muette, protégée de madame Midoh, et Azuma l'éphèbe.

Au cœur du désir féminin


L'étrangeté de Call Boy est d'aborder la sexualité de manière crue sans jamais tomber ni dans la pornographie, ni même dans l'érotisme. En effet, derrière la sensualité des rencontres, l'attitude toujours ouverte de Ryo désarçonne. Même dans les cas les plus bizarres, les plus déviants, il ne juge pas sa cliente, accepte ses demande et surtout, cherche à faire éclore le désir que parfois elle ne parvient pas à exprimer. Call Boy évite l’écueil du catalogue des pratiques bizarres en se concentrant sur les réflexions et les sensations de Ryo.
La mise en place de l'histoire est assez lente, c'est au milieu du livre que le récit prend son envol et sa puissance. Le roman change alors de ton, et propose un voyage dans l'intime des femmes, avec pudeur et sans jugement. Il questionne le désir, sa diversité, sa fluidité, comme un concept presque insaisissable et pourtant d'une grande simplicité, une fois écouté. Ryo s’adapte, s'améliore et continue son apprentissage du métier qui se transforme alors en une quête initiatique. Il cherche à comprendre un langage des corps qui fait abstraction du genre, de l'âge, des différences sociales, s'émancipe de tout préjugé et libère la femme du joug social.
La prostitution devient alors pour Ryo plus qu'un échange et ce qu'il reçoit est plus que de l'argent : il devient le confident, l'ami d'un moment de ces femmes, celui qui apprivoise leur désir, celui qui leur permet de se révéler, de parvenir à l'extase. Avec cette complétion, lui aussi, trouve dans le sexe, les femmes et la vie, le sel qui manquait à son existence depuis le décès de sa mère.
Le texte prend une tournure presque philosophique, avec un équilibre entre narration, description et réflexions.

Voyage dans des eaux subversives


Call Boy propose plusieurs niveau de lecteur. Les amateurs de roman qui apprécie une bonne histoire et un style marqué ne seront par déçu. Les curieux de Japon, non plus. Cependant, le livre, par son sujet sulfureux et son traitement presque idyllique, peut déranger. J’avoue que cette vision très propre et consentante de la prostitution masculine a de quoi choquer. Ici pas de yakusa, pas de jeunes paumés. Au contraire, madame Midoh donne une place aux jeunes hommes qu'elle sélectionne, une zone d'expression et d'existence.
Ishiada Ira avec talent et simplicité croque des personnages complexes, faussement lisses. Ryo, s'il reste avide de découvrir et de servir ses clientes, n'arrive pourtant pas à lire les signes que lui envoient ses proches. Son attirante pour les femmes plus âgée, clairement liée à sa mère, est d'une perversion affirmée sans jamais virer dans le glauque ou le voyeurisme d'un Ryu Murakami. Ici, le lecteur n'est jamais spectateur malgré lui, mais plus le témoin d'une ouverture et d'une appréhension de la vie, dépouillée de tout jugement, de tout tabou. Subversif à souhait !
Cette lecture d'une grande force, remue, remet en cause ses certitudes.
Ici pas de leçon, pas de dénonciation, juste une belle histoire, écrite d'une langue fluide et douce. J'étais impatiente de retrouve Ishida Ira, après le succès de la trilogie d'Ikebukuro West Gate Park. Je n'ai pas été déçue. Mon seul bémol est la proximité psychologique entre les héros de ces deux œuvres. Même si, Call Boy est nettement plus intimiste.



Le roman a été écrit en 2001. Dommage d'ailleurs qu'il ait fallu attendre 15 ans pour qu'il sorte en France. La physionomie de Tokyo a bien évolué depuis. A l'époque, le Japon était encore sous le double le choc de l'éclatement de la bulle immobilière et de la crise de 97 qui a fragilisé l'économie de l'Asie et fait flamber le chômage. Le quartier de Shibuya s'est depuis assagit, même si la sexualité au Japon reste toujours très éloignée de la notre. Par exemple, il existe de nombre clubs d’hôtes où tout est permis, tant qu'il n'y a pas de pénétration vaginale (là, on tombe sous la législation de la prostitution). La particularité de Call Boy est double : L'histoire évolue dans le milieu du luxe, peut-être par souhait de l'auteur d'éviter le sordide. Le travail de Ryo est présenté sans aucun violence faite au prostitué. La violence est ailleurs : dans le deuil, dans le carcan social, dans l'impossibilité de communiquer entre certains humains...
Call Boy n'a pas de vocation documentaire et même si j'ai parfois douté de la véracité des situations ou du réalisme du milieu dépeint, cela reste secondaire. Le propos est avant tout de traiter de liberté, par l'angle de la sexualité, même si, Ishida Ira glisse quelques remarques au vitriol sur la société de consommation.



Article sur la trilogie Ikebukuro West Gate Park
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Hudros de Patrick Rimond, photos de béton et d'eau




Je vous parle aujourd'hui d'une pépite de bleu, de vert et d'ocre : un livre de photographie au format paysage. Il nous fait voyager dans des paysages étranges, totalement déroutants. Pourtant, il s'agit de clichés pris dans le sud de la France !

L'exotique du paysage commun


Sous le titre mystérieux d'Hudros sont assemblées trente photographies de Patrick Rimond sur un projet particulier. Il a travaillé pendant plusieurs mois avec comme sujet les canaux qui partent de la Durance et du Verdon pour alimenter les villes de Marseille et Toulon. Il propose sa vision, onirique et abstraite, de ces lieux d'eau, de béton et de pierre, noyés sous un soleil écrasant. La lumière crue découpe les arrêtes vives des édifices et trace des ombres tranchées. La couleur de l'eau oscille entre un gris laiteux et un bleu-vert transparent, presque tropical. Parfois impénétrable, solide, d'autre fois si claire que sa profondeur semble nous purifier, elle change sans cesse alors que le paysage, lui, demeure parfaitement figé dans la rigueur utilitaire d'une construction humaine.



Hudros est mot grec désigne l'hydre, le serpent mythologique avec sept têtes qui se régénèrent et se multiplient une fois tranchées. Ici, c'est la seule lame est de lumière. Elle découpe les bords des canaux dans des compositions toutes en rectitudes et en lignes droites, tantôt brisées pour tracer une géométrie mystérieuse, tantôt infinies, fuyantes à l'extérieure du cadre. Le serpent d'eau dans un camaïeux de bleu se faufile de page en page. Parfois, une courbe se glisse dans une image, pour casser le rythme. Elle évite la monotonie et éveille l’œil dès qu'il commence à s'habituer, à lire des récurrences. Entre les ocres, les gris et les bleus, des touches de vert-jaune d'une végétation méditerranée apporte une touche de vie à ce minéral.

Poésie de l'image et rencontre avec le regard de l'autre


Patrick Rimond propose un voyage dans un quotidien qui pourrait paraître inintéressant et morne. Son regard le sublime, le transforme en un ailleurs exotique, aux dimensions multiples, fantastiques. Il invite à une contemplation où on perçoit en contre-point du silence, le chant discret de l'eau et son mouvement fluide.


Voici un livre de très belle facture, édité par la petite maison Iki que j'apprécie déjà pour sa collection du Pont Rouge. Les livres de photographies sont, comme la poésie, souvent boudés par les lecteurs. Pourtant, quand il s'agit d'un ouvrage qui correspond à notre sensibilité, on peut sans cesse y revenir au fil des années. Intemporel, ils sont autant de fenêtre à la fois sur l'extérieur à travers les yeux d'autrui mais aussi sur notre monde intérieur. Quand un tel bouquin me plait, j'ai l'étrange impression qu'il rentre en résonance avec une partie de moi, qu'il m'invite à prendre aussi mon appareil photo et ma plume, qu'il m'invite à épanouir ma créativité, à affuter mon regard et à me tendre vers l'autre pour rencontrer sa différence. 




En feuilletant pour la première fois Hudros, j'ai immédiatement été séduite par sa proposition artistique, sa façon de montrer ce paysage, les angles choisis, le travail de couleur, entre uniformité et contraste.
Vous laisserez-vous séduire ?

Site de l'auteur :
http://patrickrimond.com/hudros.html
Information sur le livre (feuillable) :
http://lepontrouge.net/?page_id=15
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Ceux qui ternissent l'arc-en-ciel [journal #4]

Artiste : Monsieur Q


Dimanche, il y a eu le massacre d'Orlando. J'ai éteint la radio. J'ai refusé le flux d'information parce que ça fait trop. J'ai continué ma vie.
Lundi, voir une exposition d'estampe et de gravure avec une amie. Gaver mes yeux de beauté. Rencontrer des artistes, me connecter aux autres, à des personnes avec qui je partage un intérêt, une sensibilité.
Mardi, levée 7h pour bosser à l'atelier. Un espace de co-working où je tente de briser les mécanisme de procrastination. Au programme, avancer sur le tri des photos du voyage au Japon. Préparer un article sur un photographe.
Puis soudain, je n'ai plus pu.

Trop de haine.
Toujours trop de haine.

J'ai beau me boucher les oreilles, détourner le regard, concentrer ma lorgnette sur ces petits choses magiques de l'existence, rien n'y fait. La saloperie crasse du monde finit par brouiller mon regard, affadir les couleurs. Ternir l'arc-en-ciel.
Malgré tous mes efforts, les protections sautent et encore une fois, je me trouve à vif. L'insupportable repousse les limites, encore et toujours. L'humain s’étripe, s'entre-tue, bafoue liberté et amour. L'humain s'aliène seul, choisit sans l'admettre la voie de la violence et du rejet.
En guerre contre soi, en guerre contre les autres, ceux qui vous ressemble un peu.
Parce que quand on se déteste, qu'on discerne dans l'altérité un trait commun, une complicité avec son moi profond, la haine de soi parle et s'exprime dans le sang.
Parce que quand on se déteste et qu'on ne voit dans l'altérité, que la différence et la diversité, l'illusion de bonheur menace de se dissiper. L'équilibre fragile qu'on entretient à grand coup de déni, vole en éclat.
Vite, il faut alors anéantir tout danger. Exterminer cet autre qui vit comme on le souhaiterait ou comme on ne comprend pas.
Détruire l'autre pour ses différences ou ses ressemblances.
Détruire l'autre, toujours et encore. Sans faillir. Sans réfléchir. Sans jamais s'interroger sur la justesse et la légitimité de ses pensées et de ses actions. Sans réfléchir à leurs conséquences. Se remettre en cause serait un chaos insondable. Ne pas réfléchir, rester un individu monolithe, solide, intouchable. Devenir sa foi. Devenir un idéal pour se détacher des contingences humaines. Pour regarder les autres de son piédestal de croyances et jeter des miettes de son savoir à ces mécréants idiots qui se vautrent dans la fange du péché.

Quelle triste vie, étriquée et petite, de ceux cloitrés volontairement dans leur psaumes et leur crédo...
Quelle triste vie dans l’extase du fanatique qui masque la peine d'être humain, mortel, faillible, imparfait.
Quelle triste vie, de gris et de noir, plongée dans la lumière si aveuglante d'un idéal impossible.
Quelle triste vie, insensible à autrui, à la diversité surprenante du monde, autant de chocs et d'ondes joyeuses qui sans cesse nous secoue, nous agite.
Quelle triste vie loin de la danse et des étreintes, loin des transports d'amour et d'affection si communicatif lorsqu'on tend ses antennes, qu'on ouvre son cœur en acceptant que l'autre ne fonctionne pas comme nous, ne ressent pas comme nous, n'a pas les mêmes valeurs, la même culture, la même éducation, les mêmes souhaits.

Quelle triste vie quand la conception même de l'existence est de mourir pour accéder à un ailleurs dont jamais personne n'est revenu témoigner.
Quelle triste vie...

Pourtant, je n'ai pas assez d'amour en moi pour tendre la main à l'humain qui seul, s'arroge le droit du juge et du bourreau et massacre cinquante autres hommes. Cinquante hommes dans un lieu de joie, de fête, de partage, de musique, de mouvement. Un lieu vivant.
J'ai juste envie de crier : si les autres t'insupportes, si leurs différences t'insupportent, part seul, loin. Ou mets fin à cette existence, et ne fais chier personne ! Mieux, réfléchis à ce que tu es, à la cause de ta colère et de ta haine face à ceux qui sont nés homosexuels ! Ces garçons dans ce club assument - au moins le temps d'une soirée - une préférence sexuelle déjà pas évidente à porter, dans notre société. Pour la simple raison qu'elle est minoritaire, donc hors de la norme habituelle, et encore trop souvent perçue comme aberrante.

Fais en sorte de te changer TOI et laisse les autres vivre.
Si la pluie te dérange, tu peux t'abriter, mais tu ne va pas te mettre à exterminer les nuages ?!
Si le soleil brille trop, tu te fous des lunettes de soleil, de la crème bronzante, où tu sors ton ombrelle. Mais tu ne vas pas avoir l'idée que le soleil est LE problème a ERADIQUER !
Non ?
Si tu es assez fou pour le faire, tu sais aussi que tu signes l'arrêt de mort de la planète.

Les autres humains sont comme la pluie et le soleil. Sauf qu'eux, on peut les tuer.
Sauf qu'eux, on peut les blesser si fort, si profondément qu'après, l'arc-en-ciel se ternit...
Leur origine, leurs mœurs, leur sexe ne te convient pas ?
Passe ton chemin, ignore-les. Si tu as le courage, cherche en toi la raison de cette colère. Mais, je t'en conjure, laisse donc chacun vivre avec sa couleur, son individualité, sa différence, ses richesses, ses faiblesses. La violence, qu'elle soit avec les gestes ou les mots, ne changera ni ton incompréhension ni tes craintes.
À vivre dans un monde uniforme, on dépérit peu à peu.

Je ne connais personne qui ne soit ému, un jour, enfant ou adulte, du spectacle éphémère d'un arc-en-ciel. Il enjambe champs, maison, fontaine, forêt, béton. Je ne connais personne qui, sous ses couleurs profondes d'une pureté merveilleuse ne puisse reste sourd à la beauté sauvage de ce qu'il ne maitrise pas. La juxtaposition de teintes profondes et pourtant si différentes crée justement la magie et la beauté.
Nos couleurs de peau sont moins diversifiées et moins fun que l'arc-en-ciel. Par contre, nos différences à l’intérieur sont infinies. D'une incommensurable générosité pour qui sait les contempler.
Apprend à regarder.
Apprend à te regarder et surtout à t'aimer.

Extrémistes de tous poils, fanatiques fêlés, fissurés de l'empathie, vous n'aurez pas ma colère. Vous n'aurez même pas ma tristesse et ma compassion que je réserve aux victimes de vos actes. Homophobes bien pensants, manifestant pour « Tous » adeptes d'une morne norme, vous n'aurez rien de moi. Juste un peu de mon temps et mon énergie, quand sans cesse, après votre passage dévastateur, j'irai encore une fois, sans jamais me lasser, raviver les couleurs de l'arc-en-ciel bafoué.

(et je m'y connais en couleurs)

Merci beaucoup à Monsieur Q pour l'autorisation d'utiliser un de ses dessins :)
Son projet de journal en ligne : https://carnetdunamoureuxtropmaigre.wordpress.com



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