31 mars 2012

Sôseki, Haïku : recueil d'émotions

Le printemps invite à la poésie !

Sôseki, le célèbre écrivain japonais, était un homme au talent artistique multiples. Ses haïku sont d'une grande émotion.
Un recueil chez Picquier propose un florilège classé simplement par ordre chronologique. Un voyage au fil des saisons illustré par le maître lui même.



C'est un ouvrage de très bonne facture avec une traduction respectueuse du sens et de l'émotion. La qualité des reproduction et le format du livre laisse au texte tout l'espace, la respiration nécessaire pour que les phrases raisonnent.
La poésie se picore, comme une gourmandise. Elle ralentit la vie, oblige à s'offrir un peu de temps pour la rêverie, la contemplation.

Un des objectifs du défi lecture Image du Japon est, pour moi, justement de lire enfin en entier mes livres de poésie et aussi ceux d'art. Je les feuillette sans jamais leur donner l'attention qu'il mérite.
Alors, cette fois, je me suis posée. Une tasse de thé, et les yeux accrochés aux mots. Déguster chaque haïku. S'en imprégner.


Sur l'aile du vent
Légère et lointaine
L'hirondelle

La nature du Bouddha m'est apparue
Tout entière contenue
Dans une campanule blanche

Les notes en fin de livre permettent d'éclairer certains des poèmes, de mieux comprendre leur sens en connaissant leur contexte, mais sans devenir académique. Les peintures et les calligraphies nous accompagnent sur un sentier changeant et sinueux. On vit tour à tour hivers printemps été et automne, joie, tranquillité, tristesse de la perte, plénitude...

Un instant encore
Le liseron fleurira
Ton sur ton avec l'arc-en-ciel


Un très bel ouvrage pour les amateurs de Japon. Et le cadeau idéal pour les curieux attirés par cette culture.




29 mars 2012

Japonisme : 物の哀れ - mono no aware, l'indicible beauté de l'éphémère



Percevoir l'impermanence, la contempler. Saisir la beauté là où d'autres ne voient que nostalgie, décrépitude et course inéluctable vers la mort.

Accepter que la vie est mouvement.

Tout passe.
Et tout revient.
Dans cette incertitude des choses s'offre pureté et spontanéité. Il suffit juste d'apprendre à regarder. Apprendre à écouter.

Les japonais ont un mot pour désigner cet état d'esprit : 物の哀れ mono no aware.

C'était le thème poétique qu'Anne nous a déniché cette semaine pour le projet photo japonisme. Et c'est avec un peu de retard que je vous fait partager une promenade printanière au domaine de Givray, un joli bois de la commune de Ligugé.














Japonisme, c'est aussi chez Viny !

21 mars 2012

Wataya Risa : clarté et profondeur

Romancière japonaise, la carrière de Wataya Risa commence très jeune. Ses deux romans, Install et Appel du pied sont édités en français chez Philippe Picquer.
Ils s'agit d’œuvres courtes, écrites dans un style simple et elliptique. Ils mettent en scène des adolescentes un peu perdues dans leur vie, pas très à l'aise avec les codes sociaux, distantes avec leur famille sans jamais être en rupture brutale. Des ado inadéquates. Wataya décrit avec talent et fraîcheur des révolutions douces, des mutations profondes cachées sous les hoquets d'un quotidien aux tendances marginales.


Lecture distrayante et intelligente

J'adore la littérature japonaise contemporaine. Si vous traîner souvent ici, ce n'est pas une révélation ! Et Wataya Risa fait partie de ces écrivains vagues, timides presque, dans leur prose, qu'on peut facilement ignorer. Encore un énième récit sur une ado et son mal être ?!
Non.
L'apparente légèreté des histoires de Wataya et la facilité de son style rend la lecture distrayante, rapide. Pourtant, quand on se pose pour réfléchir, que l'on connaît un peu la culture japonaise, on réalise la très grande justesse de son œuvre. Elle égratigne les apparences trop lisses pour injecter dans les plaies le doute, le refus des convenances, d'un carcan social en forme de "camisole de force" qui laisse une place minuscule à l'expression de l'individualité, à la sincérité.

Wataya Risa commence a écrire quand elle est encore prise dans la tourmente de l'adolescence et de ses ajustements souvent douloureux. Si on peut lui reprocher un manque de maturité dans l'écriture, sa jeunesse est aussi sa force. Pas de fioriture, pas de justification inutile des comportements, pas d'analyse. Elle livre les émotions, étouffées, complexes. Il n'y a rien à décoder. Les romans de Watasya sont si limpides qu'on si on ne se penche pas avec attention, leur profondeur nous échappe. On voit le fond, mais pas leur épaisseur.


Install : tout vider et pour reconstruire

Écrit à 17 ans, Install est le premier roman de Watya. Il raconte le coup de sang d'Asako qui vide littéralement sa chambre, décide d'en jeter le contenu et au passage, d'arrêter l'école. Elle est en dernière dernière année de lycée. Sous la pression des examens, elle disjoncte. Kazuyoshi son voisin de 12 ans, petit génie de l'informatique, s'approprie l'ordinateur mis au rebut.
Né alors une étrange amitié où Asako, pour occuper ses journées, aide Kazuoshi à gérer un site pornographique. Elle devient l'hôtesse sur son salon de discussion érotique en ligne.

Confronté aux mensonges, aux risques du monde virtuel mais aussi à la manne de connaissance et d'expérience qu'il propose, Asako grandit, abandonne ses peur et se réapproprie sa vie. Une parenthèse étrange, une fugue sans quitter la maison, qui donne à l'héroïne la force d'avancer, la force de choisir. Le sexe virtuel est abordé comme terrain de jeu et d'expérimentation pour se construire, pour grandir. Et bizarrement, il n'y a pas d'équivoque, pas d'excitation. Le projet, conduit avec grand sérieux, oscille entre le professionnel et le jeu. Ce sujet inconvenant est traité avec pudeur et innocence.

Au début du roman, Asako est en surmenage. A bout. Elle pète un câble et le fait sans se mettre en danger. L'action radicale et même drôle qui consiste à tout vider est étonnement saine et réfléchie. Après tout, faire régulièrement le vide, nettoyer, trier, sont des actes qui permettent d'avancer dans la vie sans être encombré par un passé trop lourd, paralysant.
Asako pousse la logique à son paroxysme, peut être parce que la pression des examens, de l'école, de la société, la aussi poussée au delà de ses limites. Et la voie choisie, hôtesse pour émoustiller les clients et augmenter leur temps de connexion donc l'argent gagné, est à la fois terriblement adulte par son sujet et terriblement enfantine dans son approche. Libératrice, inattendue, et saine.


Appel du pied : Frapper pour toucher

Ce second roman a été écrit à 19 ans et il a reçu le prestigieux prix Akutagawa. Encore une fois, Wataya explore les sentiments d'une adolescente qui ne veut pas rentrer dans le moule.
Arrivée au lycée, Hasegawa se met volontairement en retrait, n'appartient à aucun groupe. En classe, elle remarque que Ninagawa, un de ses camarades masculins, également en marge, lit une revue de mode féminine. Intriguée, elle tente d'engager la conversation. Elle lui apprend qu'elle a rencontré en vrai la mannequin dont il regarde la photo, Olichan. Ninagawa l'invite alors chez lui. Véritable otaku vouant un culte maladif à Olichan, son intérêt pour Hasegawa semble se limiter à son contact passé avec la célébrité. Vexée, la jeune fille méprise sa passion qu'elle trouve infantile. Pourtant une relation se tisse entre les deux ado, distante, ténue mais présente, importante.

Écrit du point de vu d'Hasegawa, le récit déforme les sentiments en fonction de la perception tronquée et très orientée de la jeune fille. Toujours sur ses gardes, elle ne cherche pas à s'intégrer dans la classe, juge sévèrement les relations entres les groupes d'ado, bref, ne fait aucun effort pour participer à la collectivité. Au contraire, par ses remarques, son comportements elle s'écarte.
Elle souffre de voir Kunyo, sa meilleur amie du collège, s'éloigner et s'accrocher à d'autres, dans un groupe.
Wataya ne parle pourtant par d'ostracisation façon ijimé, mais bien de l'inadéquation d'une ado qui a du mal à se reconnaître dans ses camarades, qui ne comprend plus comment fonctionnent les rapports humains. Hasegawa n'a pas envie de participer à ce qu'elle considère comme une farce, un théâtre. Elle s'accroche à la sincérité et l'innocence de l'enfance tout en reprochant amèrement à Ninagawa cette même attitude. Parce qu'il se passe quelque chose en elle qu'elle n'identifie pas, quelque chose qui déborde, qu'elle traduit avec violence. Avec un coup de pied rageur dans le dos.


Voici donc deux romans simples mais faussement légers, très représentatifs de la littérature féminine japonais actuelle. Tout en sensibilité et retenue, avec des éruptions brutales d'émotions qui, comme les rides à la surface d'un lac, raisonnent, s'entremêlent.
A l'occasion du Salon du livre de Paris, j'ai assisté à une conférence passionnante en présence de Wataya Risa et Agnès Giard. Un compte rendu de cette rencontre intitulée "Une jeunesse sans tabou ?" sera publié bientôt sur le blog !

19 mars 2012

F comme fantomatique


Fantomatique d'après Le petit Larousse 2006 : adj. Qui tient du fantôme ; irréel.


Ce mot correspond bien à l'activité de se blog depuis une semaine, à mon état d'esprit particulier, flottant. En ce moment, je me débat avec des fantômes, parfois amicaux, parfois toxiques, toujours insaisissables, toujours à hanter les méandres de mes pensées...




Les deux premières photos ont été prises à Tokyo.

L'une, sous la neige, dans l'épuisement d'un soir. L'autre, avec son ambiance d'asile ou de colonie de vacances – des lieux en final assez semblables – était l'hôtel où je logeais. Charmant hein ?!

Là bas, quand soudain je me libérait du travail, la présence insidieuse et aléatoire des radionucléides me tordait l'estomac. Et puis, il y avait les autres. Dans la promiscuité d'un bâtiment vétuste, entre résidents permanents pour cause de paupérisation intense, touristes fauchés et étrangers inadaptés que le fossé culturel a fait disjoncté.
Des fantômes partout. Urbains.
Vivants.




La seconde est la vue magique d'une maison de Charente-Maritime.

Un vieux chêne mourant résiste encore un peu et s'enracine à la vie pour accompagner le quotidien d'étranges humains. Un matin de février, dehors de la brume. Dedans, un thé, une plénitude tranquille encore teintée des rêves de la nuit. Bien au chaud. A l'abri, je guette par la fenêtre les apparitions des esprits champêtre du coin, certainement déjà très occupés à préparer l'arrivée du printemps.
La journée commence à peine, pleine de promesses.

L’abécédaire en photo est un projet collaboratif avec Anne et Viny 

11 mars 2012

Un triste anniversaire...

Voilà. C'était il y a un an.

La tristesse et l'impuissance sont toujours là.
L'espoir aussi, mais souillé par la colère, les mensonges.
Alors, moi aussi, j'adopte à regret le しょうがない (shoganai), parce qu'il faut bien vivre. Je n'ai pas de solution, j'essaye juste d'être en accord avec mon éthique. J'essaye juste d'être heureuse, de rendre heureux mes proches.
Parce que la vie est courte.

Pourtant, certains jours, cela ne suffit pas. Tout déborde.
Comme aujourd'hui.

Et les mots sonnent creux. Voici quelques photos de mon dernier séjour à Tokyo en février. Un peu de ce Japon qui m'habite, m'inspire. Un peu de son merveilleux, de ses contradictions complexes, de ses couleurs, de mon amour pour ce pays. Un peu de mon incompréhension, un peu de douleur et surtout, beaucoup beaucoup d'espoir et de prières de renouveau.

Mes autres articles sur le sujet :
- Japon un mois apres (11/03/2011)
- La rentrée au Japon : un voeu pour que le souffle du printemps chasse les ombres (01/04/2011)
- Printemps gris (18/03/2011)
-Fukushima : dégainez vos consciences ! (21/06/2011)
- Six mois après, le Japon...(11/09/2011)
- Photographies pour le Japon : soutenir avec des images et des rêves (23/11/2011)

















Un lien pour s'informer : l'article sur le site de Kibô qui fait un état des lieux factuels de la situation

Un lien pour aider et soutenir : "Photographe pour le Japon" qui vend un petit bouquin de photo qui est une initiative humaniste et totalement altruiste.

5 mars 2012

E comme ethéré


Éthéré d'après Le petit Larousse 2006 : adj. 1 Poét. Impalpable, aérien,très pur. 2 Qui a la nature, l'odeur de l'éther.

Voilà un peu de la tranquillité lumineuse que j'ai ramené de mon séjour en Charente-Maritime. Entre les couleurs joyeuses et les rires des enfants, les promenades au bord de mer, les soirées entre copine à couiner devant un film, les instant de vide reposants, étalée au soleil...

Capturer l'invisible.
Se ressourcer.
Merci les amies...






L'abécédaire est un projet commun avec Anne, la chercheuse de mots-trésors, et Viny, derrière son objectif.

1 mars 2012

Defi lecture "Images du Japon" : récapitulatif de février



Le récap de février du défi lecture Images du Japon organisé dans l'étang est là ! La participation a été bien sérieuse en ce début d'année. Voici plein d'idées de lecture en attendant le salon du livre et ses invités japonais.


 - Chez Nathalie de "La mécanique des rêves" : Le chat du Kimono de Nancy Pena
- Chez Eugénie de Cocoyuyu : Le dit du Genji illustré par Yoshitaka Amano 
- Chez Emilie de "Chiyogami Touch" : Planète manga, dossier dans la revue
- Chez Kyoko de "Mon petit Japon" : Le Japon vu de l'Intérieur, David Michaud 
- Chez Ionah de "Dedicated Monkeys" : Hokusai par Henri-Alexis Baatsc
- Et enfin, dans l'étang : Poèmes du thé de Rikyu traduit et annoté par Bertrand Petit avec des calligraphies de Keiko Yokohama

Bonne découverte :)