2 mars 2017

Haïkus du temps présent de Mayuzumi Madoka : la tradition dépoussiérée sans altérer le charme !


 

Des poèmes et des bribes d'une vie japonaise



Voici un ouvrage qui réunit 80 haïkus contemporains issus de plusieurs recueils de l'auteur, hélas disponible qu'en japonais. Cette anthologie, proposée en version bilingue, ajoute à chaque haïku un texte de contextualisation, parfois écrit spécialement pour cette édition française sortie chez Philippe Picquier. L'auteur explique pourquoi elle a écrit le poème, donne les spécificités de sa culture, ou partage avec nous un souvenir touchant.
La mise en page, avec à droite le haïku et à gauche la version originale du poème avec son commentaire, permet à la fois d’apprécier la poésie brute, sans rien connaître de plus, et pour les curieux, de découvrir le haïku en japonais avec des éléments sur sa naissance, des anecdotes sur la culture, les expressions. Ainsi, le livre propose une double approche, en fonction des gouts et des envies.

De nombreux livres de haïkus sont d'ailleurs bilingues (avec écriture en japonais et transcription en romanji) permettant ainsi d'avoir accès à la musicalité de la langue, même si on ne la comprends pas. Le Japonais étant d'une grande richesse en onomatopée, je trouve cela agréable d'avoir le texte original pour en découvrir la sonorité des mots.

Haïku du temps présent bénéficie aussi d'une excellente introduction par Corine Atlan qui rappelle les règles formelles du haïku. En effet, cette forme d'expression poétique intègre de nombreuses contraintes : métrique, mot de saison, césure.... Pourtant, à la lecture, on les devine à peine, tant la légèreté des phrases nous séduit, tant leur profondeur nous touche. Corine Atlan, outre la traduction, a également choisit les haïku qu'elle a agrémenté de nombreuses notes explicatives.


Trois lignes pour croquer le Japon d'aujourd'hui



Mayuzumi est une haijin extraordinaire. Avec pudeur, elle crée une résonance entre les émois de l'âme et l'état de la nature. Nous sommes loin des haïkus classiques au charme suranné d'un Japon aujourd'hui disparu, certes toujours très présent dans la culture traditionnelle et l'imaginaire mais bien figé dans le temps, sous cloche. Les haïkus de Mayuzumi eux sont vivants, contemporains.
Ils respectent justement l'essence du haïku (ancrage dans le quotidien, les petite choses de la vie, impermanence, l'attachement à la saison...) sans copier ceux classiques dont le caractère intemporel est une illusion. Il suffit de relire Basho avec ses routes boueuses, son manteau de paille, ses sandales et son mode de vie nomade pour saisir que le Japon décrit dans ses textes est bien révolu.

Chez Mayuzumi, on sent le souffle de notre époque, la présence de la ville, la modernité, et pourtant, la nature, les éléments sont toujours là, des étoiles aux fleurs, aux sentiments humains. En lisant cet ouvrage, on a une vision pleine de justesse du Japon d'aujourd'hui par la lorgnette de la poésie : merveilleux, parfois nostalgique, souvent émouvant.


Un autre avis sur le blog "Lire le Japon"


20 janvier 2017

"Nous sommes légion et nous sommes mignons"



"Nous sommes légion et nous sommes mignons.

Colorés, chatoyants, caquetants, pépiants. Dans la jungle moite, à l'abri des feuillages vernissées, sur les fleurs, au pied des immenses arbres, nous restons immobiles. Nous sommes partout, même au plafond. La pièce est petite, juste une lucarne haute. Ici, ceux qui viennent font leurs affaires puis s'en vont. Certains restent plus longtemps, avec de la lecture, d'autres font des grimaces, ou marmonnent leur liste de course. La durée des visites en général est brève et toujours utilitaire.
Rien de passionnant.
Juste les besoins naturels de ces cousins lointains qui oublient qu'eux aussi, ils sont des animaux.

En été, plusieurs années de suite, il y a cette petite qui change la routine. Le visage mangé par des lunettes trop grandes en plastique rose pâle aux verres épais, les cheveux avec les boucles légères qu'ont les enfants, toujours vagues et mouvantes, comme le vent.
Elle nous fait la conversation.
Tous les jours, plusieurs fois par jours, parfois durant plus d'une heure, jusqu'à l'intervention d'un tiers.

Elle arrive, s'installe sur le trône avec l'agilité propre à son âge, ne doutant pas de sa place dans le monde. Elle ferme la porte, pour plus d'intimité, mais sans jamais tourner le verrou. Et là, de sa voix fluette, elle prend de nos nouvelles, nous raconte ses vacances, la pêche aux coquillages, les rouleaux d'écume piquants, les hortensias en bas du jardin, les araignées et les langoustes chassées par son papa, les glaces à l'eau au citron offerte par sa maman, le sous-sol de la maison de Michel et Josette avec la salle de jeu où elle apprend des masses et des masses sur la vie. Les grandes qui la chouchoutent, lui font peindre des galets, lui monte le grand train électrique avec un circuit compliqué.
Une fois, elle a passé la frontière pour aller en Espagne et a mangà une tortilla directement avec les mains, il n'y avait pas de couverts, juste un grand plat commun pour tout le monde ! Parfois, ils sortent tous sur le voilier. Ce qu'elle préfère, c'est la promenade du soir, après manger (surtout si c'est des moules) sur la grande avenue d'Hendaye que sa maman appelle « Les Champs Élysées ». Il y a plusieurs glaciers...

Puis elle nous raconte aussi la jungle, la vie de monsieur Toucan, celle des Aras bavards et si jolis... Elle caresse du bout des doigts le serpent, les lianes et les troncs. Elle ne s'arrête jamais de blaguer, de rigoler et parfois, de chuchoter un secret jusqu'à ce que, dans la pièce voisine, soudain, la voix de sa mère retentisse :
— Marianne, ma chérie, tu es encore aux cabinets?
— Oui...
— Tu fais pipi ou tu joues ?
— Les deux.
— Ça fait plus d'une demi-heure maintenant. Il faut que tu sortes, nous allons à la plage.
— D'accord.
La petite descend de son perchoir et nous souhaite un bon après-midi. Quand elle reviendra tout à l'heure, elle nous abreuvera encore de ses aventures incroyables. Par la porte entre-baillée, nous entendons encore :
— Maman, maman, tu sais ce que le perroquet m'a dis ? Va-y, devine !"



Ce texte est un exercice pour un MOOC sur l'écriture de fiction. La contrainte était de raconter un souvenir d'enfance selon un point de vu autre que le sien. Le texte devait être rédigé en 30 minutes.
Photo prise au Naturospace de Honfleur 

3 janvier 2017

2017, et hop !

Bonne année !


Voilà, elle est arrivée, neuve et pimpante, fraiche, avec un parfum d'inédit, de découverte ; après tout, elle ressemble dans sa virginité à toutes les autres, même à tout les fragments d'instants. Pour l’accueillir, je l'ai joué à la japonaise : ménage et tri à la maison, mais aussi dans ma tête.
Petit coup dans le rétroviseur sur les résolutions de l'an passé, par la lorgnette de l'accompli, et non de l'échec ; je suis plutôt satisfaite, d'autant que j'ai achevé 2016 sur une expo photo.

Pour 2017, je vous épargne ma liste des « résolutions ». Elles sont là, réelles, listées dans mon agenda lui aussi tout neuf, déjà décoré d'autocollants kerori et orné de post-it. J'ai aussi changé mon cahier de travail où je liste mes projets, leur avancée et les différentes idées. Je le trainais depuis des lustre et le temps est venu de repartir à zéro.

J'ai l'intuition qu'à ma porte, dans mon cœur, pour mes proches, 2017 sera une grande année. 2016 était déjà très chouette. Oui, les célébrités tombent comme des mouches, et de l'autre côté de la méditerranée, liberté et même vie s'évaporent.
Je n'ai pas de prise sur le monde, alors autant éviter qu'il en ait trop sur moi.

Je vous souhaite à tous une bonne année, avec mes souhaits sincères de joie et de santé. Après, c'est à vous qu'il incombe de cultiver votre jardin, même si je suis toujours ravie d'échanger graines et recettes !